Sarah Palin, présidente en 2012? C'est bien connu: les plus cuisants échecs sont les meilleurs tremplins vers des victoires à venir. Et c'est le rêve qu'évoquent, mezza voce, des personnalités du Parti républicain: puisque cette élection-ci est perdue - nombre de républicains en sont déjà convaincus -, autant penser à l'élection prochaine. Et donc à une candidature de la gouverneure de l'Alaska. Voilà qui aurait de la gueule, pense par exemple Rich Lowry, rédacteur en chef de la National Review: «Elle a une fenêtre d'opportunité, en tant que rock star de la droite. [...] Elle bénéficie d'une renommée pour laquelle nombre de politiques ambitieux seraient prêts à tuer!»

Divergences avec le patron

Les commentateurs semblent ne pas être les seuls à y penser. Les observateurs commencent à se demander si la colistière de John McCain ne profite pas elle-même, déjà, de son temps d'estrade pour remuer le tison dans le brasier de la défaite attendue de son patron. En cause: les diverses incartades par rapport à la ligne McCain, où Sarah Palin a fait résonner sa petite musique à elle. Elle a critiqué la décision d'abandonner la campagne dans l'Etat du Michigan, confié aux radios conservatrices qu'elle aurait été en faveur d'une campagne plus agressive contre Barack Obama, et que, contrairement au sénateur de l'Arizona, elle est favorable à un amendement de la Constitution contre le mariage homosexuel. Enfin, elle se dit favorable aux forages pétroliers dans le parc naturel de l'Alaska, dont John McCain ne veut pas entendre parler, et a contredit son colistier sur la politique à l'égard du Pakistan. Bévues? Les plus féroces critiques de la gouverneure ne la pensent pas sotte à ce point...

La question de l'identité de la prochaine candidature républicaine, dans l'hypothèse pas encore jouée de la victoire démocrate dans huit jours, pose surtout la question de la stratégie pour la résurrection du Grand Old Party (le «Grand Vieux Parti»). Sur toute l'étendue de l'échiquier politique, on s'accorde pour juger que les républicains devront tout reconstruire. Mais les opinions diffèrent quant à savoir si Sarah Palin serait la mieux placée pour ce faire: «La Palinmania est l'indication la plus claire, mais pas la seule, que le GOP est un parti zombie», écrivait samedi dernier Jonathan Rauch dans la revue indépendante National Journal.

Le succès indéniable et presque inespéré de Sarah Palin a consisté à resserrer autour d'elle l'électorat conservateur, braqué sur les valeurs morales traditionnelles, qui rechignait à rejoindre John McCain. Mais le durcissement du Parti républicain, porté à son comble par George W. Bush et non désavoué par John McCain, a fini par repousser les électeurs modérés, qui semblent rejoindre Barack Obama. Tout le défi, pour le GOP, sera de relancer une machine à conquérir le centre. Avec Sarah Palin? Peut-être mais, pour cela, la Palin de 2008 devra sans doute revoir plus que sa garde-robe.