Aucun sujet politique. Pas de question piège sur le nom du président de Russie ou sur les journaux qu’elle lit le matin. Sarah Palin est là pour célébrer «mère nature» et pour mettre en valeur les paysages grandioses de l’Alaska. Pour engranger, aussi, les bénéfices de huit heures de publicité nationale gratuite.

«Je suis dans la moyenne»

«Je me décrirais moi-même, ma famille, comme juste normaux, dans la moyenne. Des Américains comme les autres.» A partir de ce dimanche, les Américains comme Sarah Palin auront droit à huit épisodes d’un reality show inhabituel. La chaîne de télévision TLC s’est fait une spécialité en suivant à la trace le quotidien des femmes policières de Memphis ou d’une famille qui élève ses 19 enfants. Dans L’Alaska de Sarah Palin, la chaîne innove en faisant la promotion de l’ancienne colistière de John McCain et de l’hypothétique future candidate aux élections de 2012.

Nul doute: dans cette série d’émissions, Sarah Palin défend mieux l’Alaska que lorsqu’elle était gouverneure de cet Etat, poste qu’elle a abandonné à mi-parcours pour embrasser une carrière médiatico-politique autrement plus rémunératrice. Celle qui est devenue l’égérie du Tea Party pêche le poisson de rivière, tire à la carabine, fait du traîneau et du rafting, escalade les glaciers et s’occupe accessoirement des six enfants de la maison, entre deux émissions politiques pour la chaîne conservatrice Fox News, qui l’a salariée.

«J’aime la liberté», dit cette Américaine moyenne, expliquant devant les caméras installées dans son salon qu’elle a fait ériger une palissade autour de sa propriété afin de préserver sa «vie privée» face à la curiosité des journalistes. Avec TLC, Palin aurait conclu un contrat lui assurant près de 1 million de dollars par épisode. Jamais sans doute pareille publicité n’avait été dans le même temps aussi profitable.

La porte entrouverte

C’est peu dire que Sarah Palin a aujourd’hui le vent en poupe aux Etats-Unis. Surgie pratiquement de nulle part il y a un peu plus de deux ans, l’ex-gouverneure a remporté un succès considérable aux récentes élections de mi-mandat, même si elle ne figurait pas elle-même sur la liste des candidats. Certes, certaines de ses pouliches ont trébuché, dont la très emblématique Christine O’Donnell, la sorcière repentie du Delaware. Mais aujourd’hui, du New Hampshire au Nouveau-Mexique, en passant par le Minnesota ou la Caroline du Sud, Palin peut compter sur une série de nouveaux élus devenus autant d’obligés depuis qu’elle a grandement contribué à leur succès.

En vérité, la «hockey mom» ne s’est pas encore portée candidate, se contentant de laisser la porte de plus en plus entrouverte. Sarah Palin le sait: si elle est extrêmement populaire dans une frange du pays, une bonne majorité d’Américains la jugent insuffisamment qualifiée pour devenir un jour la présidente des Etats-Unis. Même les responsables de son parti émettent de sérieux doutes, à l’instar du stratège Karl Rove: «Franchement, je ne suis pas certain que tout cela m’aide à la voir dans le Bureau ovale», disait-il récemment. Mais, signe des temps, l’éminence grise de l’administration Bush réservait ces déclarations à un journal britannique, et non à la presse américaine.

«Beaucoup de gens qui la connaissent mal vont aimer cette Sarah Palin qui élève ses enfants en Alaska, et qui incarne de manière authentique le rêve américain», explique pour sa part Mark Burnett, le producteur de l’émission de TLC, qui passe pour l’un des inventeurs du reality show à l’américaine, après avoir notamment conçu l’émission Survivor, devenue Koh-Lanta en France.

Jusqu’ici, le mélange des genres entre vie privée et vie publique n’avait guère dépassé le stade d’un Bill Clinton jouant du saxophone sur un plateau de télévision ou d’une Michelle Obama plantant des légumes dans les jardins de la Maison-Blanche. Mais il est vrai que, à proprement parler, «l’Alaska de Sarah Palin» n’a pratiquement rien de politique. «Un mauvais jour de pêche vaut mieux qu’un bon jour de travail», s’exclame l’ex-gouverneure, entre deux sorties en plein air.

La rumba de Bristol Palin

Les Palin, pourtant, n’en sont plus à leur coup d’essai. Bristol, leur fille qui était enceinte durant la campagne et qui, abandonnée par son ami, est devenue entre-temps mère célibataire, participe ces temps à une autre émission de télévision où elle danse la rumba et le cha-cha-cha chaque semaine devant des centaines de milliers de téléspectateurs. Quant à Sarah Palin, elle prépare aussi la sortie de son prochain livre America by Heart. En tournée, elle évitera les grandes villes côtières (plutôt démocrates) pour se concentrer sur l’Amérique profonde. Et elle a prévu deux dates dans l’Iowa, le premier Etat à voter lors des élections présidentielles.