Le président de la République française ouvre demain le Forum de Davos par un discours que l’on dit très attendu. Et en attendant, justement, Nicolas Sarkozy s’était invité lundi soir sur TF1, à une heure de très grande écoute. Il a notamment promis une baisse du chômage «dans les semaines et les mois qui viennent» à des Français dont l’emploi est la première préoccupation. Mais qu’en dit la presse?

Eh bien, la presse n’en dit pas du bien, en général, de cette «ballade d’un Président», rit Marianne 2», heureux de dire oui à tous ses clients» dans cette «mise en scène réglée comme un coucou suisse»! A commencer par les journaux romands, précisément, comme Le Matin, qui titre: «Une odeur de fin de règne». Sarkozy «semble avoir cassé un de ses ressorts. Cela ne l’a pas empêché de répondre […] aux questions de Laurence Ferrari […], mais le président s’est montré d’un calme inhabituel. Il a donné l’impression d’avoir renoncé à entretenir son image de dirigeant infatigable». «Pas simple», en effet, «de renouer avec le peuple», comme l’explique le correspondant à Paris de 24 Heures/Tribune de Genève: «Le président, c’est son péché mignon, use et abuse de la télé. Au point de lasser?»

Décryptage des Echos: «Ce qui intéresse les journalistes n’est pas ce qui préoccupe les Français. C’est parce qu’il soupçonne la télévision de faire écran que Nicolas Sarkozy avait retenu le format insolite de l’intervention proposée». Libération en livre le récit complet, à l’enseigne de «Sarkozy et les «vrais gens»: taxes, soupirs et poudre de lait». Ravageur, tout comme l’éditorial du quotidien, qui a vu «un Sarkozy de crise», au «profil bas», payant «le péché originel de sa stratégie: une trop grande proximité avec la caste de l’argent». Quant au Monde, il titrait mardi à la Une «De TF1 à Davos, Nicolas Sarkozy part à la reconquête de l’opinion», tout en se faisant un malin plaisir, sur son site, à citer Claude Bartolone, député et membre de la direction du Parti socialiste, pour qui la prestation était «totalement affligeante»: «Les Français n’ont eu une nouvelle fois qu’un numéro d’autosatisfaction, basé sur [un] principe maintenant éculé […]: «Ma politique est bonne, mais les Français n’y comprennent rien», a déclaré ce proche de Martine Aubry.»

«Bien entendu, Nicolas Sarkozy n’a aucune baguette magique dans sa poche, tempère Le Figaro, mais il a montré qu’il n’ignorait rien des difficultés ou des souffrances des Français», insiste le quotidien de droite: «Face à ses interlocuteurs, il aurait pu faire dans le compassionnel; il s’en est bien gardé. Il aurait pu, comme cela lui arrive, s’agacer ou vitupérer; on l’a vu calme et serein pendant plus de deux heures. On l’a surtout vu extrêmement pédagogue, tentant de persuader ses interlocuteurs de la nécessité urgente des réformes.» Ce que L’Humanité fustige comme «une tentative de mobilisation en grandeur nature de l’électorat de droite», agaçante «comme un disque rayé».

Mais les éditorialistes français étaient assez partagés. L’Alsace, par exemple, loue un «hyperprésident qui avait une solution pour tout» et qui «a cédé […] la place à un homme modeste»: «Le contraste est frappant avec le début du mandat.» Ce «Sarkozy nouveau» est «plus rassembleur», selon l’analyse du Républicain lorrain. Finaud, Libération Champagne relève «un détail qui a rapidement montré que Nicolas Sarkozy était là pour séduire. A chaque critique formulée, il donnait raison à son interlocuteur.»

La Charente libre a perçu un chef de l’Etat «attentif, pédagogue, séducteur. Mais aussi… défendant bec et ongles son bilan», tandis que Le Progrès de Lyon se gausse de celui à qui il «fallait du temps» «pour nous montrer qu’il nous comprend et nous aime, et qu’il travaille pour nous», usant de «ce mélange inimitable de précision techno et de virtuosité populo». Et le Dauphiné libéré d’estimer que, «sous ses airs authentiques de démocratie de bistroquet, ce prime time-là lorgnait, malgré tout, du côté des panels un brin fabriqués». Ainsi, Sarkozy a pu «tranquillement faire œuvre de pédagogie», souligne le Midi libre. D’ailleurs, Le Parisien/Aujourd’hui en France titre sur «les leçons du professeur Sarkozy».

Plus sévère, La République des Pyrénées dénonce «l’habituel numéro de Moi-je, enrobé du sucre empathique» du président. Et les Dernières Nouvelles d’Alsace se moquent de ce show «passionnant comme une réunion Tupperware»: «Près de deux heures de généralités approximatives et de réponses lénifiantes sous un vernis, très étudié, de fausse intimité.» Au final, Ouest-France doute que ce «café politique» d’un soir suffise à «restaurer la confiance». «L’accumulation des problèmes est telle qu’un sentiment d’impuissance s’instille insidieusement dans l’esprit du téléspectateur», estime pour sa part Le Télégramme. Donc, dernière question: Nicolas Sarkozy, ce «beau parleur», a-t-il été bon? Oui, répond La République du Centre. Mais «aura-t-il convaincu les Français? C’est moins sûr.»