Nicolas Sarkozy est en train de battre un record: celui du nombre de plaintes déposées par un président français en exercice. Au moins six depuis le début de l'année, selon le décompte effectué vendredi par le site de Libération. Sa dernière cible est une poupée vaudou à son effigie, accompagnée d'un manuel d'utilisation et de douze aiguilles, vendue 12,95 euros.

Saisie par Nicolas Sarkozy, la justice décidera d'ici à mercredi si le produit doit être retiré de la vente. L'éditeur, qui insiste sur son aspect «humoristique», juge «totalement disproportionnée» la réaction du président. Ségolène Royal, qui a eu droit à une effigie similaire, n'a pas jugé utile de porter l'affaire devant les tribunaux.

Auparavant, Nicolas Sarkozy avait déjà porté plainte contre Ryanair (pour une publicité utilisant sa photo et celle de son épouse Carla); contre Le Nouvel Observateur (pour un article évoquant un prétendu SMS de son ex-femme Cécilia, plainte plus tard retirée); contre un T-shirt portant la mention «Sarkozy tolérance zéro» (le «o» de son nom était transformé en cible); contre un ancien responsable des Renseignements généraux qui avait consigné des rumeurs malveillantes sur lui; contre des fraudeurs qui ont utilisé son numéro de compte bancaire pour souscrire des abonnements téléphoniques.

Trois personnes se trouvaient vendredi en détention dans le cadre de cette affaire, où le préjudice pour le président est estimé à environ 200 euros. Enfin, un homme qui avait brandi une pancarte «casse-toi pov'con» à son passage fait l'objet de poursuites pour «offense au chef de l'Etat».

Cet activisme judiciaire rompt avec la pratique précédente, qui voyait les présidents de la République traiter ce genre d'offenses avec dédain. Jusqu'ici, Nicolas Sarkozy s'est justifié avec un argument unique: «Je n'ai ni plus ni moins de droits que les autres.» A un détail près: en France, les procureurs obéissent au ministre de la Justice, lui-même placé sous l'autorité du chef de l'Etat.