Nicolas Sarkozy affirme son statut de démiurge de l’après-crise. Lundi, le président français a proposé de remplacer le produit intérieur brut (PIB), principal étalon de mesure de l’économie mondiale, par un système axé sur le « bien-être des générations actuelles et à venir », dont la France veut faire un thème majeur dans les forums internationaux.

Elaboré à une époque – les années 1940-50 – où les performances économiques se mesuraient en tonnes de charbon et d’acier, le PIB a mal vieilli. La crise financière le fait paraître encore plus obsolète: « On a fini par prendre la représentation de la richesse pour la richesse elle-même, a accusé Nicolas Sarkozy dans un discours à la Sorbonne. Nous avons construit une religion du chiffre, nous nous y sommes enfermés, nous commençons à apercevoir l’énormité des conséquences. »

En février 2008, le président avait chargé une brochette d’économistes – Joseph Stiglitz, le prix Nobel favori de la gauche américaine, Amartya Sen, inventeur de l’index du développement humain, et le Français Jean-Paul Fitoussi, très écouté de l’Elysée – d’élaborer de nouvelles statistiques pour remplacer le PIB. Leur rapport, publié hier, rappelle ses aberrations: un embouteillage, un incendie ou une agression font tous croître le PIB – en consommant de l’essence, en mobilisant les assurances ou la police – mais n’augmentent pas le bien-être général.

Le PIB masque aussi des évolutions fondamentales. Le salaire médian, celui qui sépare la moitié qui gagne le moins de celle qui gagne le plus, a diminué depuis 10 ans aux Etats-Unis, alors que le revenu moyen (PIB par habitant) a augmenté de 9%. La forte croissance mondiale mesurée entre 2004 et 2007 était, note le rapport, un « mirage » qui a éclipsé les signes avant-coureurs de la crise.

Si le diagnostic est posé, les solutions de remplacement restent lointaines. Les auteurs du rapport préconisent la mise en place d’indicateurs permettant de mieux mesurer la part des services dans l’économie, l’amélioration qualitative des produits consommés ou l’épuisement des ressources naturelles. Pour calculer le bien-être, ils suggèrent aux instituts statistiques d’ « intégrer à leurs enquêtes des questions visant à connaître l’évaluation que chacun fait de sa vie ».

Naïf? Pas pour Nicolas Sarkozy. Il veut mettre la question au menu de « toutes les réunions internationales », et a promis que la France serait le premier pays à utiliser les nouveaux indicateurs. Parce que, comme le dit Joseph Stiglitz, « ce que l’on mesure affecte ce que l’on fait ».