Il a présidé mercredi son ultime Conseil des ministres. Voilà déjà dix ans que Nicolas Sarkozy s’assoit à cette table du salon Murat de l’Elysée chaque mercredi. En 2002, déjà, il y rongeait son frein, quand il n’était encore que ministre de l’Intérieur et qu’il devait respect envers cet homme – Jacques Chirac – qu’il méprisait mais dans la haine duquel il avait pourtant tant appris. La corde sensible? A n’en pas douter, Nicolas Sarkozy en a joué, même s’il y a quelques jours encore il campait le président de la «France forte». Car, oui, pour ceux qui ne l’auraient pas bien compris dimanche, Nicolas Sarkozy a fait le lendemain l’exégèse de ses adieux ambigus. La politique, pour lui, c’est bien fini. «Rassurez-vous, je garderai ma carte à l’UMP, a-t-il dit à ses proches. Mais l’opérationnel, c’est terminé.»

Mardi, lors de la cérémonie du 8 Mai, sous l’Arc de Triomphe, une curieuse image a balayé son quinquennat. Son visage grave a soudain été rendu flou par la flamme du soldat inconnu qu’il venait de rallumer. Dans ce moment pourtant solennel, Nicolas Sarkozy n’a pas résisté à un dernier bain de foule. Comme s’il recevait l’extrême-onction des militants qui l’ont soutenu durant ses trente-cinq ans de vie politique.

Nicolas Sarkozy quittant la vie publique? Plusieurs fois durant la campagne, il l’avait annoncé. Comme en janvier, en Guyane, lors d’un dîner avec quelques journalistes: «Vous me voyez reprendre une section locale de l’UMP? Plutôt le Carmel. Au moins là, il y a de l’espérance!»

Repos et famille

Selon Franck Louvrier, son fidèle conseiller en communication qui l’a servi dans les meilleures comme dans les pires années, le président sortant va reprendre son métier d’avocat. Un «vrai travail», selon l’expression que le président-candidat vantait encore il y a une semaine. A en croire son entourage, Nicolas Sarkozy, qui quittera ses fonctions mardi 15 mai, n’aspirerait déjà plus qu’à cela. Se reposer au Cap Nègre, dans la maison de famille de Carla Bruni. Retrouver la vraie vie. Manger au restaurant avec ses enfants. Et langer la petite Giulia, peut-être? Un gag! s’esclaffe une partie de la droite, qui le voit déjà revenir, un jour ou l’autre, quand les circonstances auront changé. Et pourquoi pas en 2017 si la guerre des chefs (Copé, Fillon, Juppé) neutralise leurs ambitions respectives?

Parcourir le monde

Et pourtant, ses proches l’assurent: Nicolas Sarkozy est déjà à la recherche de bureaux à Paris. La République prendra le bail en charge et mettra un chauffeur à sa disposition. De droit, il héritera aussi d’un siège au Conseil constitutionnel. Mais on l’imagine mal s’asseoir là, au milieu des «sages», entre deux autres «ex», Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing…

«Nicolas Sarkozy réfléchit», dit-on. L’idée de parcourir le monde en donnant de prestigieuses conférences – façon Bill Clinton ou Tony Blair – pourrait aussi lui plaire. «A 57 ans, on n’est pas foutu», a-t-il souvent répété. La déprime du président au moment de quitter le pouvoir est pourtant aussi fameuse que l’angoisse du gardien de but avant le penalty. Pour François Mitterrand, la question ne s’est pas posée. Le socialiste s’en est allé rejoindre les «forces de l’esprit» en janvier 1996, huit mois seulement après avoir quitté l’Elysée. Giscard, lui, n’a jamais retrouvé sa place, cultivant une rancœur obsessionnelle vis-à-vis de Jacques Chirac, qu’il a toujours tenu pour responsable de sa défaite face à François Mitterrand en 1981. Jamais il n’a voulu remettre les pieds à l’Elysée depuis son improbable «Au revoir», laissant devant les caméras une chaise vide. Seule la rédaction de la Constitution européenne lui a permis un temps de retrouver la lumière. Un jour, il nous avait laissé entendre que la présidence de l’Europe l’aurait intéressé. Mais personne n’est venu le chercher. Pour Jacques Chirac, le blues a été plus rude encore. Il a eu beau créer sa fondation pour le dialogue des cultures, un projet qui lui tenait très à cœur, la maladie s’est emparée de sa lucidité. Pathétique descente d’ivresse (du pouvoir) pour un homme passé du «non» à la guerre en Irak aux plaisanteries grivoises sur une terrasse de Saint-Tropez…