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Le missile balistique intercontinental Topol-M, ou SS-27. Selon l’OTAN, «Satan II» sera lancé depuis un silo.
© Keystone / SERGEI ILNITSKY

Russie

Satan II, la réponse du Kremlin à l’OTAN

Un nouveau missile intercontinental nucléaire capable d’anéantir la France devrait être opérationnel fin 2018. Le réarmement rapide des forces armées russes s’accompagne d’une campagne de mobilisation auprès de la population russe

Pendant qu’Elon Musk épate avec ses fusées réutilisables, Vladimir Poutine teste un missile qui ne laissera plus personne pour les réutiliser. «Satan II» (ou Sarmat, pour les Russes), est le plus gros missile intercontinental nucléaire hypersonique conçu à ce jour. Capable de vitrifier une surface grande comme le Texas ou la France, Sarmat a réussi mardi son premier test complet et devrait entrer en service dans l’armée russe à la fin 2018.

Lire également notre éditorial: Faut-il avoir peur de la Russie?

Jalon dans la nouvelle course aux armements, Satan II est une réponse du Kremlin aux efforts américains pour créer un bouclier antimissile en Europe et son programme «Prompt Global Strike», destiné à détruire en moins d’une heure tous les sites de lancement d’armes nucléaires. Selon l’expert militaire proche du Kremlin Igor Korotchenko, le Sarmat «prouve que la direction politico-militaire russe est déterminée à ne pas laisser les Etats-Unis briser la parité stratégique existante».

Renforcement sur tous les fronts

Moscou muscle démonstrativement ses capacités militaires sur tous les fronts: en militarisant la zone arctique, en portant ses dépenses militaires jusqu’à 7% du PIB (loin devant la Chine et les Etats-Unis) et en projetant son armée loin de ses frontières.

Ses bombardiers stratégiques patrouillent désormais régulièrement dans le ciel européen, son unique porte-avions croise dans les eaux de la Méditerranée. Plusieurs divisions blindées ont déménagé de l’Oural pour se masser à la frontière de l’Ukraine et l’OTAN estime à 330 000 le nombre de soldats autour de Moscou. Des missiles tactiques Iskander (pouvant porter des charges nucléaires) sont déployés depuis septembre dans l’enclave de Kaliningrad, et menacent directement Berlin, Copenhague ou Varsovie. Vendredi, le quotidien Nezavissimaïa Gazeta annonçait que ces mêmes Iskander pourraient être déployés en Crimée.

«Parler d’égal à égal avec les Etats-Unis»

«Poutine aime rappeler sa possession de l’arme nucléaire parce que c’est l’unique compartiment dans lequel il peut parler d’égal à égal avec les Etats-Unis», décrypte l’expert militaire Rouslan Poukhov. «Sur le reste, il continue à se sentir en état d’infériorité. Si nous investissons massivement dans l’armée de terre, ce n’est pas pour envahir la Pologne, mais parce qu’on veut être hégémoniques dans [l’espace de] l’ex-URSS, moins les pays Baltes.»

Grisée par son intervention militaire en Syrie, la première hors de la zone ex-URSS depuis 1991, la Russie caresse l’idée de projeter ses forces plus loin. Mardi, le vice-ministre des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, confiait à l’agence Interfax que son pays était prêt à participer à des opérations antiterroristes en Libye et en Irak, si ces Etats en font la demande.

Des généraux russes ambitieux

Parfois les généraux russes se laissent emporter par leurs ambitions. Le 7 octobre, le vice-ministre de la Défense, Nikolaï Pankov, annonçait devant le parlement russe des préparatifs pour rouvrir des bases navales à Cuba et au Vietnam. Hanoi a aussitôt exclu cette hypothèse. «C’est une annonce populiste sans rapport avec la réalité», rectifie un expert militaire proche du Ministère de la défense. «Cuba est plus qu’improbable, d’abord à cause du rapprochement opéré avec Washington, ensuite parce que nous sommes partis unilatéralement en 2002 pour plaire à [George] Bush.»

L’expansionnisme russe a même froissé Téhéran, qui avait prêté fin août sa base aérienne de Hamada aux bombardiers russes opérant en Syrie. L’offre a tourné court, après que Moscou a indiqué son intention de pérenniser sa présence. Aujourd’hui, la Russie ne compte de bases aériennes permanentes qu’à travers l’ex-URSS et en Syrie.

«Baisser les tensions»

En orateur expérimenté, Vladimir Poutine rejette l’intention d’agression sur ses rivaux géopolitiques, et présente son pays comme une victime. «Des menaces imaginaires et mythiques comme la menace militaire russe sont constamment ressassées […] pour gonfler les budgets militaires», a-t-il expliqué jeudi près de Sotchi devant un parterre d’experts internationaux. «La Russie ne se prépare à attaquer personne», a-t-il insisté. «Nous voulons tous faire baisser les tensions internationales, mais pas au prix de notre enterrement.»

Mais le discours dominant véhiculé par les généraux dans les médias russes a une tout autre tonalité. L’atmosphère de mobilisation s’épaissit progressivement, alors que les présentateurs vedettes insistent sur les intentions malignes de Washington et vantent la puissance croissante de l’armée russe. Pas moins d’un tiers de la population russe a été convié durant le mois d’octobre à des exercices de simulation d’attaque nucléaire, du jamais vu depuis la fin de l’URSS.

Lire aussi: La Russie éjectée du Conseil des droits de l’homme

Si la Russie n’est pas encore dominante en termes d’armement, elle devance largement les Occidentaux en termes de préparation des esprits à la guerre.

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