A leur lancement, les premiers satellites de Starlink, la société créée par Elon Musk, avaient déjà provoqué l’inquiétude des astronomes professionnels et amateurs. La lumière réfléchie par ces derniers menaçait l’observation spatiale. Mais désormais, la constellation de satellites placée en orbite basse (550 km de la surface terrestre) et destinée à fournir une connexion internet dans des zones reculées suscite aussi la colère de la Chine.

Lire aussi:  Le danger du chaos spatial

D’après les autorités chinoises, la station spatiale lancée par le géant asiatique a dû procéder à des manœuvres d’évitement à deux reprises, en juillet et en octobre, pour ne pas entrer en collision avec les satellites américains. Le module principal de la station a été mis en orbite cette année et sa construction doit s’achever en 2022. Le gouvernement chinois a porté l’affaire devant le Bureau des affaires spatiales de l’ONU à Vienne début décembre, accusant les Etats-Unis de faire peser une «grave menace» sur ses astronautes et de «manquer à leurs obligations internationales».

Si les autorités chinoises n’ont pas visé nommément Elon Musk, ce dernier a été la cible de commentaires d’internautes énervés sur les réseaux sociaux chinois. «Ça ne manque pas d’ironie: les Chinois achètent des Tesla, donnant de l’argent à Musk pour qu’il lance (des satellites) et les jette contre la station spatiale chinoise», pointait un utilisateur de Weibo, l’équivalent chinois de Twitter. Ces incidents ont écorné l’image du milliardaire d’origine sud-africaine alors que sa firme Tesla y écoule un quart des voitures électriques qu’elle produit.

Des dizaines de milliers de satellites

La constellation de satellite Starlink, est un des principaux projets d’Elon Musk, aux côtés des voitures électriques Tesla et des vols spatiaux de SpaceX. Depuis le premier lancement en 2019, environ 1900 satellites ont été mis en orbite dans le cadre de ce programme. Les lancements ont lieu environ toutes les deux semaines à raison d’une cinquantaine d’appareils par tir. Le dernier en date a eu lieu le 18 décembre.

Rien qu’en 2021, Starlink a mis en orbite plus de 800 satellites, et prévoit d’atteindre, par étapes, les 12 000, puis les 42 000 objets en orbite. La société affirme avoir réglé le problème de la lumière réfléchie par ses satellites en modifiant leur vol pour rejoindre ou quitter leur orbite, et en ajoutant une visière pour que la lumière du soleil ne touche par les parties les plus réfléchissantes des engins. Mais la masse de satellites en orbite pose le problème des collisions avec d’autres objets, d’autant que plusieurs projets de constellations sont en cours de déploiement. Selon l’Astronautics Research Group de l’Université britannique de Southampton, les satellites d’Elon Musk sont impliqués dans environ 1 600 rencontres rapprochées (moins d’un kilomètre) entre deux engins spatiaux chaque semaine, soit la moitié des incidents de ce genre.

Lire également: Luc Piguet: «Circulant à 28 000 km/h, même les petits débris spatiaux peuvent être très dangereux»

Chaque collision spatiale entre des objets massifs entraîne la création de milliers de plus petits débris qui peuvent eux-mêmes causer des dégâts aux autres objets en vol. Ce phénomène est appelé le syndrome de Kessler, et à partir d’un certain nombre de débris, l’espace proche de la Terre pourrait être inaccessible pour plusieurs générations.

Un enjeu diplomatique

A la mi-novembre, cette problématique a attiré l’attention mondiale après un tir d’essai d’un missile anti-satellite par la Russie sur un de ses anciens appareils encore en orbite. La destruction de l’objet a provoqué la création d’un nuage de débris menaçant la station spatiale internationale.

Malgré ses critiques, la Chine est loin d’être étrangère au problème. En 2007, le pays a lui aussi procédé à un tir de missile anti-satellite à l’origine de nombreux débris.

Lire encore: Derrière le tir antisatellite russe, le spectre de la militarisation de l’espace

Dans sa note adressée au Bureau des affaires spatiales, la Chine fait référence à l’article VI du Traité sur l’espace extra-atmosphérique conclu en 1967, lequel indique que «les États parties au Traité ont la responsabilité internationale des activités nationales dans l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, qu’elles soient entreprises par des organismes gouvernementaux ou par des entités non gouvernementales». Cette disposition explique pourquoi c’est le gouvernement américain qui est visé et non la firme d’Elon Musk.

De fait, les accords sur l’espace sont peu respectés et il n’existe pas de moyen de coercition pour les faire respecter. Début novembre, plusieurs résolutions destinées à empêcher la militarisation de l’espace ont été adoptées par les Nations unies. L'une de ces propositions émanait de la Chine et de la Russie, mais plusieurs pays occidentaux l’avaient rejetée, estimant qu’elle n’était pas suffisamment précise.