En limogeant James Comey qui enquêtait sur son entourage, Donald Trump a-t-il allumé un incendie qui pourrait se retourner contre lui? Le président américain a osé transgresser le principe de la séparation des pouvoirs et porte un sérieux coup de canif à l’indépendance de la justice. Le renvoi du chef du FBI, nommé pour dix ans, est un cas extrêmement rare. Cela n’est en fait arrivé qu’une fois, en juillet 1993: William Sessions a été congédié par Bill Clinton. Notamment parce qu’il avait utilisé l’avion du FBI à des fins privées.

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Edgar Hoover, indéboulonnable

Le cas Comey est bien plus grave, puisque le patron du FBI enquêtait sur la possible collusion entre les proches de Donald Trump et Moscou, dans le cadre de la supposée ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine. On ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec le cas Hoover et le scandale du Watergate.

Le 20 octobre 1973, le président Nixon a sèchement renvoyé Archibald Cox, le procureur spécial chargé de l’enquête sur l’espionnage politique du Parti démocrate dans l’immeuble du Watergate à Washington, entraînant la démission de deux autres procureurs. Auparavant, il avait envisagé de s’en prendre à l’intrigant Edgar Hoover, patron du FBI pendant 48 ans, avec lequel il était notamment en conflit à propos de l’enquête sur les Pentagon Papers liés à la guerre du Vietnam. Mais sans oser le faire. Richard Nixon craignait qu’Edgar Hoover, qui détenait de nombreuses informations sensibles, ne puisse représenter un danger politique pour lui. L’indéboulonnable Hoover est finalement décédé le 2 mai 1972, d’une attaque cardiaque.

La revanche de «Gorge profonde»

Richard Nixon, qui espérait reprendre le contrôle du FBI jugé trop indépendant, décide alors de nommer Patrick Gray pour lui succéder. Mais il sabote son propre règne sans s’en rendre compte, en braquant le numéro 2 du FBI, Mark Felt. Un Mark Felt qui devient la fameuse «Gorge profonde» du Washington Post, celle qui alimenta ce qui est devenu le scandale du Watergate. Richard Nixon, à l’origine des écoutes téléphoniques, a fini par démissionner le 9 août 1974, pour éviter une probable destitution.

Les regards se tournent aujourd’hui vers James Comey, qui bénéficiait d’un large soutien au sein du FBI. Et s’il se mettait à parler, malgré les menaces du président?

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Un mémo dont le contenu a été dévoilé par le New York Times, relève une tentative d’ingérence de Donald Trump: ce dernier lui aurait demandé de laisser tomber l’enquête sur son ex-conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, empêtré dans l’affaire russe. Et James Comey a d’autres mémos à disposition: il avait, soulignent ses collaborateurs, pour habitude de mettre scrupuleusement par écrit le contenu exact de ses différents entretiens avec Donald Trump. Au cas où ils pourraient servir.