revue de presse

Mais comment sauver les 230 lycéennes enlevées au Nigeria?

Les familles n’en peuvent plus d’angoisse et les autorités piétinent: toujours aucune trace des lycéennes kidnappées lundi dernier, vraisemblablement par le groupe islamiste Boko Haram, qui veut en faire des esclaves, ou des boucliers humains. Un enlèvement géant dans l’indifférence occidentale. Glaçant

C’était il y a huit jours, lundi 14 avril. En pleine nuit, des militants présumés de la secte Boko Haram lourdement armés ont surgi dans les dortoirs des filles du lycée de Chibok, dans le nord-est du Nigeria, non loin de la frontière avec le Cameroun, les ont forcées à monter sur leurs motos et dans leurs camions, ont tué le soldat et le policier qui protégeaient l’école, mis le feu aux bâtiments et sont partis. Depuis, c’est l’angoisse. On pensait au départ qu’une centaine de filles avaient été kidnappées, mais c’est plus du double finalement: des filles dormaient cette nuit à l’école pour passer leurs derniers examens, donnant accès à un diplôme commun à plusieurs pays d’Afrique anglophone, le West African Examinations Council (WAEC), selon l’AFP reprise par Le Monde. «230 familles ont déclaré être sans nouvelles de leurs filles et aujourd’hui 190 manquent encore à l’appel», raconte la BBC, dont le service en langue haoussa a interrogé leur professeure principale. Selon elle, «43 ont réussi à échapper à leurs kidnappeurs, toutes seules, aucune n’a été sauvée par l’armée». «Certaines ont profité d’avoir été envoyées faire la vaisselle dans la forêt pour s’enfuir, d’autres ont sauté des camions, explique le gouverneur de l’Etat de Borno, dans le récit du New York Times. C’est tellement terrible, triste, traumatisant, il s’agissait de filles innocentes, des étudiantes. La plupart vont devenir les esclaves sexuelles, les domestiques de leurs kidnappeurs.»

Huit jours plus tard, les familles n’ont plus de mots pour critiquer les autorités. D’autant que celles-ci avaient dans un premier temps clamé que les jeunes filles avaient toutes été libérées sauf huit, avant de piteusement devoir faire marche arrière: «Le porte-parole de l’armée a regretté la controverse qu’il a lui-même provoquée, disant avoir agi de bonne foi et sans intention de tromper le public», note The Abuja Voice. «Des parents désespérés avaient mis toute leur confiance dans une opération militaire. Maintenant ils sont choqués, accusent une propagande éhontée et des mensonges patents, se demandant même si l’armée a entrepris quoi que ce soit pour sauver leurs enfants.» «Les militaires ont la réputation d’exagérer leurs succès contre Boko Haram», commente le New York Times. «L’école de Chibok n’avait pas été évacuée comme d’autres dans une région plus calme, car les habitants de cette zone chrétienne avaient assuré qu’ils feraient tout ce qu’il fallait pour la protéger.»

Enlevées pour devenir esclaves

En vain. Le Guardian nigérian raconte comment des parents se sont enfoncés de 25 kilomètres dans la forêt avec des bâtons, des arcs et des couteaux, mais ont dû rebrousser chemin à l’approche d’un véritable piège tendu par les insurgés prêts à les tuer. «Il vaut mieux que nos enfants soient mortes plutôt qu’elles vivent dans ces conditions», pleure une mère dans The Sun, Voice of a nation. Car de plus en plus de témoignages révèlent que les femmes captives des islamistes servent souvent de servantes, d’esclaves sexuelles, voire de boucliers humains, explique Radio France Internationale. Les familles exigent donc une aide conséquente du gouverneur de l’Etat de Borno, qui a offert 50 millions de nairas (215 000 euros) à quiconque donnerait des informations permettant la libération des prisonnières. «Selon la directrice du lycée pris d’assaut, certaines familles se sont cotisées pour acheter du carburant pour les véhicules participant aux recherches. «Jusque-là, nous n’avons trouvé aucune trace d’elles, se désole un père, nous supplions le président de faire quelque chose pour nous aider. Nous sommes traumatisés par cet incident, nous ne pouvons plus dormir la nuit, nos aînés sont encore plus perturbés. Toute la population a déserté Chibok.»

Le président? «Les Nigérians sont émerveillés de voir que Barack Obama est allé dans le Massachusetts après les trois morts de Boston l’année dernière. La violence liée à Boko Haram a fait 1500 morts rien que depuis le début de cette année et le président Goodluck Jonathan n’est pas venu récemment dans la région, note CNN, qui a consacré plusieurs sujets au drame et remarque aussi que «cet enlèvement en masse ne choque pas» dans cette région du Nigeria, «habituée aux actes sauvages et bizarres». «Le groupe – dont le nom signifie «L’éducation occidentale est un pêché» – accomplit sa mission avec une régularité si déprimante que ses résidents sont devenus comme amorphes.» Autre élément qui explique selon la chaîne le peu d’empressement et d’efficacité des autorités: «Les filles qui sont kidnappées sont violées, mises en esclavage mais rarement tuées.» Ben voyons…

Boko Haram, de plus en plus puissant

Reste que «cet enlèvement si massif n’a pas de précédent», écrit USAToday. Il montre que «Boko Haram ne cesse de se renforcer, alors que la capacité de l’Etat à défendre ses citoyens ne cesse de diminuer», selon les mots d’un ancien ambassadeur américain au Nigeria. D’autant que «la campagne du gouvernement pour éradiquer le terrorisme a causé presque autant de morts». Lire à ce propos dans Le Monde deux interviews instructives et glaçantes de spécialistes de la région, dont il ressort que «Boko Haram élimine des villages entiers suspectés d’avoir collaboré avec le pouvoir» (Marc-Antoine Pérouse de Montclos, universitaire), et que, même émietté et totalement clandestin, «il est clair qu’il parvient toujours à se renouveler, et donc à recruter» (Gilles Yabi, un ancien de l’International Crisis Group).

«Pourquoi le monde entier ne hurle-t-il pas devant ces enlèvements géants, le seuil de l’horreur est-il supérieur en Afrique?» demande sur Twitter Marianne Holtman, une écrivaine du Cap. «C’est un peut-être un hoax [une fausse information], s’interroge Bookthief, un autre twittos, pourquoi ne parle-t-on pas de ces parents aux informations?» «Pourquoi ce silence?!» s’indigne ce troisième. Ce twitt encore de Mia Farrow: «Il est juste de chercher l’avion, et les enfants noyés de Corée, mais pourquoi cherche-t-on ces filles volées du Nigeria tellement à contrecœur?». Son message a déclenché une avalanche de réponses. Et quelques remerciements.

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