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Le sauvetage du lac Tchad à l’agenda

Le forum mondial sur le développement durable consacre une session préliminaire à l’asséchement du lac africain

«En moins de cinquante ans, la superficie du lac Tchad a été divisée par dix, pour ne s’étendre aujourd’hui que sur 2500 km2.» De passage au Cameroun fin août, Hassan Terap, le ministre tchadien de l’Environnement et des ressources halieutiques, tente de mobiliser un maximum de décideurs africains en prélude au Forum sur le développement durable qui tiendra sa session Afrique dans son pays, du 29 au 31 octobre prochain. Car le lac Tchad joue un rôle économique crucial dans la région: partagé entre le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria, il est censé fournir de l’eau à plus de 30 millions d’habitants, d’après les estimations de l’ONU.

De l’avis général au sein de la communauté scientifique, le recul du lac serait la conséquence d’un long déficit de pluviosité combiné à une utilisation massive des eaux du lac et des rivières pour l’irrigation. Durant les quatre dernières décennies, la population a quadruplé aux abords du lac, notamment du fait d’un afflux de migrants climatiques remontés du Sahel. Pour le ministre Terap, il faut aussi ajouter «la sécheresse de 1973 et la prolifération des espèces de papyrus qui poussent sur les rives et consomment d’importantes quantités d’eau». Des effets conjugués qui, à long terme, pourraient conduire à l’éradication totale de ce lac qui fut jadis l’un des plus vastes du monde.

La disparition progressive de l’accès à l’eau est d’autant plus préoccupante «qu’elle pose de sérieux problèmes frontaliers et de conflits potentiels entre les populations vivant dans la zone», estime Emile Malet. Directeur de la revue géopolitique Passages et organisateur du Forum mondial du développement durable, cet observateur aguerri remarque déjà de nombreuses tensions «entre les éleveurs, les pêcheurs et les agriculteurs, qui dépendent financièrement des eaux du lac». Selon un rapport de l’Agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, les prises annuelles moyennes de poisson sont passées de 80 000 tonnes en 1960 à moins de 50 000 en 2000. Elles pourraient encore diminuer, privant les riverains d’un revenu substantiel alors que les régions du nord Cameroun et du nord-ouest du Nigeria sont déjà parmi les plus pauvres de leur pays.

Bien que l’exploitation de ces eaux soit un enjeu de taille dans une région peu généreuse en ressources naturelles, un consensus a été trouvé par les pays limitrophes dès 1964, avec la création de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT): une organisation sous-régionale qui vise à gérer et réguler les ressources en eau du lac Tchad et à améliorer la qualité de vie de ses riverains. Cette commission a déjà proposé aux gouvernements de la CBLT _ dont la République centrafricaine et la Libye sont ensuite devenues membres –, une délimitation des frontières du lac pour éviter des frictions entre les Etats. Mais son projet phare se résume sous le terme «Transaqua». Envisagée par la CBLT depuis plus de 20 ans, cette action audacieuse vise à renflouer le lac Tchad en détournant les eaux du fleuve Oubangui via son affluent, le Chari. Soit un transfert d’au moins 1350 kilomètres.

Lancée avec peine en octobre 2009, une étude de faisabilité devrait être bouclée «d’ici octobre ou novembre 2011», selon Alex Blériot Momha, directeur de la communication de la CBLT. D’ores et déjà, il est admis que le lac ne pourra jamais retrouver sa superficie d’antan, car une grande partie des espaces asséchés sont occupés par des dizaines de milliers d’agriculteurs, qui bénéficient de terres fertilisées par la crue annuelle. De nombreuses routes régionales ont aussi vu le jour, notamment vers les principales villes de la sous-région, comme N’Djamena.

Si les organisateurs du VIIIe Forum mondial du développement durable ont choisi la capitale tchadienne pour leur prochaine session consacrée à l’Afrique, c’est qu’ils ambitionnent «de replacer le sauvetage du lac Tchad au cœur de l’agenda et des préoccupations internationales».

L’occasion donc, pour les dirigeants africains présents et membres de la CBLT, de préparer leurs arguments pour convaincre de potentiels bailleurs d’adhérer à ce projet pharaonique lors du Sommet de Cancún sur le développement durable, qui aura lieu en décembre prochain.

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