Méditerranée

Les sauveteurs de l’Aquarius appellent la France à l’aide

Après avoir recueilli une cinquantaine de migrants, le dernier navire de sauvetage privé en Méditerranée est acculé. Privé de pavillon, il va mettre le cap sur Marseille, espérant que la France fasse un geste humanitaire

«Nous continuerons nos opérations.» Les responsables de l’Aquarius, le dernier navire humanitaire opérant au large de la Libye, ont clamé leur détermination lors d’une conférence de presse à Paris, mais leur situation est «critique», comme ils l’ont reconnu. Durant le week-end, l’association SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), qui affrètent le navire, annonçaient que le Panama allait retirer le pavillon de l’Aquarius.

La mesure ne deviendra effective que lorsque l’Aquarius accostera. Ces derniers jours, le navire a effectué deux sauvetages, recueillant 58 personnes au large de la Libye, dont une moitié de femmes et de mineurs. Les sauveteurs ne font pas mystère du fait que leur dernière opération, dans la nuit de samedi à dimanche, a failli mal tourner. Arrivé au secours d’un rafiot chargé de migrants peu avant une vedette libyenne, l’équipage de l’Aquarius a refusé de livrer les boat people aux gardes-côtes libyens, chargés par l’Union européenne d’endiguer les traversées vers l’Europe. «Nous nous conformons au droit international qui réclame de débarquer les personnes recueillies en mer dans un port sûr et la Libye n’est en rien sûre», justifie Frédéric Penard, le directeur des opérations de SOS Méditerranée.

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Parmi les naufragés recueillis à bord de l’Aquarius – c’est une tendance nouvelle – des Libyens fuyant la recrudescence des combats dans leur pays, mais aussi des Ivoiriens, des Syriens ou des Palestiniens. Le bateau va mettre le cap vers Marseille. S’il n’est pas dérouté pour d’autres sauvetages, il devrait arriver dans la cité phocéenne en fin de semaine.

«Notre dernière option»

«C’était notre dernière option», a estimé Frédéric Penard. Les ports les plus proches se trouvent en Italie ou à Malte. Mais les deux pays ont refusé, comme ils le font désormais systématiquement, le débarquement de migrants sur leur sol. Le nouveau gouvernement italien a d’ailleurs annoncé lundi un tour de vis sur l’immigration. Les ONG appellent la France à accepter les 58 personnes qu’elles ont recueillies, «à titre exceptionnel et humanitaire».

Si l’Aquarius peut accoster à Marseille, il ne sera pas au bout de ses soucis. Pour reprendre la mer, il devra obtenir un nouveau pavillon, avec toutes les formalités administratives que cela comporte. Quand les ONG ont affrété le navire en 2016, il battait pavillon de Gibraltar. Quand celui-ci a été révoqué en août dernier – déjà pour des raisons politiques, assurent les ONG – elles se sont tournées vers le Panama. Le petit pays d’Amérique centrale abrite un quart de la flotte mondiale.

Pressions sur le Panama

«Le Panama a lui aussi cédé aux pressions. Il a invoqué le risque que ses navires n’aient plus accès aux ports européens s’il ne révoquait pas notre pavillon», explique Frédéric Penard, en lisant les courriers reçus par les ONG. Ces dernières assurent être parfaitement en règle. Elles appellent le Panama à revenir sur sa décision, ce qui paraît très peu probable, ou les pays européens à accorder un nouveau pavillon à l’Aquarius.

L’espoir est là aussi mince, tant l’Aquarius navigue à contre-courant. «Le fait que nous soyons le dernier bateau de sauvetage en Méditerranée centrale n’est pas un accident mais le résultat délibéré des politiques européennes», dénonce Hassiba Hadj Sahraoui, coordinatrice humanitaire de MSF. D’autres navires d’ONG ont été séquestrés ou sont bloqués à Malte.

L’humanitaire continue: «Non seulement les pays européens ne font plus leur travail en matière de sauvetage mais ils écartent les sauveteurs privés, car ceux-ci témoignent sur les agissements des gardes-côtes libyens. Lesquels ont une zone maritime disproportionnée sous leur responsabilité.» Même si les arrivées sur les côtes européennes ont chuté, cette politique a un coût humain terrible: plus de 1600 personnes ont perdu la vie depuis le début de l’année, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, et la traversée de la Méditerranée n’a jamais été aussi mortelle.

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