A deux mois jour pour jour des législatives allemandes, et en pleine torpeur estivale, le vol de la limousine de fonction de la ministre de la Santé en Espagne, où elle passait ses vacances, a pris ce lundi la dimension d’une «affaire». «Pourquoi la ministre de la Santé a-t-elle besoin de sa Mercedes de fonction en vacances?», s’interrogeait le quotidien Bild, résumant la perplexité générale dans un pays très attaché à la bonne gestion des deniers publics.

«L’affaire Ulla Schmidt», du nom de la ministre social-démocrate du gouvernement de «grande coalition» d’Angela Merkel, faisait la Une de plusieurs grands quotidiens, et les critiques fusaient dans l’opposition mais aussi chez les conservateurs, qui gouvernent avec le SPD.

En milieu de journée, la conférence de presse ordinaire du gouvernement y a consacré 55 de ses 75 minutes, et chaque porte-parole a dû justifier le comportement de «son» ministre.

Ulla Schmidt a «scandaleusement dilapidé l’argent des contribuables en faisant traverser toute l’Europe à sa limousine de fonction et à son chauffeur», s’emportait dans la presse Georg Schirmbeck, responsable des questions budgétaires au sein de l’Union démocrate-chrétienne (CDU) de Mme Merkel.

Ironie de l’histoire, les 2’653 km parcourus par la Mercedes Classe S blindée (prix catalogue: 93’000 euros) entre Berlin et Alicante (sud-est de l’Espagne) seraient sans aucun doute restés ignorés si le véhicule n’avait pas été dérobé. Au cours d’un cambriolage dans un appartement de la cité balnéaire, des voleurs se sont emparé des clés d’un véhicule avant de filer. Problème: il s’agissait de la limousine de fonction de la ministre. L’appartement est en effet occupé par son chauffeur, qui a donc effectué un trajet d’environ 24 heures et consommé... près de 700 litres de carburant.

Ulla Schmidt réside quant à elle dans une villa de la Costa Blanca après avoir pris l’avion pour venir se reposer en Espagne.Dès samedi, une porte-parole du ministère de la Santé a tenté d’expliquer qu’Ulla Schmidt remplissait également des obligations professionnelles pendant ses congés, d’où la présence de sa voiture de fonction. La ministre devait ainsi intervenir ce lundi soir devant des retraités allemands vivant en Espagne. Le ministère de la santé a aussi diffusé un communiqué en ce sens.

Lundi, sa porte-parole a également assuré que tout avait été «fait correctement. Tout rentre dans le cadre des dispositions» liées aux charges des ministres, selon Dagmar Kaiser.

Les frais d’ordre privé sont comptabilisés à part et remboursés par la ministre, a-t-elle ensuite insisté, en assurant que les dépenses engagées pour un trajet Berlin-Alicante, estimées à 500 euros, étaient moins élevées qu’une location d’un véhicule blindé sur place.

Mais les critiques ne se sont pas pour autant calmées. «N’était-il pas possible que l’ambassade d’Allemagne à Madrid mette un véhicule à la disposition de la ministre?», s’est interrogé le président de la commission budgétaire du Bundestag, le député libéral Otto Fricke. La Fédération des contribuables, un puissant groupe de pression, a également exigé des explications de la part de la ministre. De son côté, le député libéral Patrick Döring a indiqué qu’il faudrait réfléchir à des sanctions. «Mais heureusement, a-t-il persiflé, les électeurs vont le faire le 27 septembre», date des législatives.

En 2002, plusieurs députés avaient quitté leurs fonctions après avoir utilisé à des fins privées des primes aériennes (miles) accumulées lors de déplacements professionnels. Une société de location automobile en a profité pour vanter les mérites des véhicules de location «peu onéreux et de grande qualité» en Espagne. «Pas uniquement pour les ministres de la Santé», précise la firme.