Christian Wulff n’a semble-t-il rien remarqué du manège qui se jouait dans son dos et sous ses fenêtres. Le ministre président de Basse Saxe, CDU, a pourtant été suivi jusque pendant son voyage de noces en Italie au printemps 2008 par les limiers de l’agence CMK.

L’agence CMK, officiellement agence de presse et de photos, traîne derrière elle une sulfureuse réputation. Et «l’affaire Bunte», comme l’appelle désormais la presse allemande, ne va pas l’aider à redorer son blason. Deux anciens salariés de CMK se sont en effet confiés au magazine Stern, révélant les méthodes douteuses de l’agence, commanditée par le magazine Bunte selon les dires des ex-salariés pour espionner la vie privée de politiciens allemands de premier plan.

Toute la palette de l’échiquier politique figure sur la liste des «victimes» de Bunte. Günther Öttinger, (commissaire européen à l’énergie, CDU), Wolfgang Tiefensee (ancien ministre des Transports, SPD) et Franz Münteferring (ancien patron du SPD) ont rendu publique une nouvelle affaire amoureuse après la parution de photos compromettantes dans Bunte. La maîtresse de Horst Seehofer (ministre président de la Bavière et chef de la CSU) a choisi d’accorder une interview à Bunte après la révélation de leur liaison par le magazine. Photographes postés à proximité du domicile, contrôle de boîtes aux lettres, location d’appartements offrant une vue plongeante sur le domicile de personnes espionnées… Les révélations du magazine Stern ont provoqué une vive émotion dans la classe politique allemande.

«Les méthodes de CMK n’ont plus grand-chose à voir avec le journalisme», s’offusque le Stern. Dans le cas d’Oskar Lafontaine (l’un des fondateurs du parti néo-communiste die Linke), soupçonné avoir entretenu une liaison avec une jeune cadre de son parti, CMK serait allé jusqu’à proposer à un chef d’entreprise connu pour ses positions anti-Linke un contrat afin d’amasser du matériel compromettant contre le politicien. «Notre agence ne recourt pas à des méthodes d’espionnage», se défend Stefan Kiessling, le patron de CMK. «Nous connaissons CMK comme étant une entreprise sérieuse, dont les salariés sont en majorité membres de l’Association des journalistes allemands, se défend pour sa part Patricia Riekel, la rédactrice en chef de Bunte. Si des méthodes immorales ont été employées, nous n’en savions rien! Stern essaie de démonter un concurrent à succès.» Deux groupes de presse ennemis se font face dans cette affaire: Burda Verlag (l’éditeur de Bunte, 1,6 Mds d’euros de CA soit 2,34 milliards de francs) et Gruner + Jahr (l’autre poids lourd du secteur, 2,8 Mds d’euros soit 4 milliards de francs de CA et éditeur du Stern).

L’affaire relance un vieux débat sur le respect des règles éthiques sur un marché hyper concurrentiel, dans un contexte de chute des recettes publicitaires. «Le marché de la presse de boulevard est-il devenu incontrôlable?» s’interroge le quotidien de gauche Taz, réputé pour le sérieux de ses enquêtes. Patricia Riekel explique dans une lettre ouverte faire la différence entre «vie intime» et «vie privée»… «Un faux débat», tranche l’avocat spécialisé Christian Scherz pour qui la vie amoureuse d’un homme politique ne peut être rendue publique sans son accord.