L’Occident veut fixer des «cibles claires» à un président en qui il n’a plus confiance. Il devrait commencer par en fixer à ses propres efforts si, comme le déclare le commandant de la force internationale Stanley McChrystal, l’objectif est désormais plus de convaincre les Afghans des bienfaits de l’intervention que de pourchasser les talibans jusque dans le moindre recoin – tâche vouée à l’échec. Quelques chiffres:

- Les Etats-Unis ont dépensé plus de 150 milliards de dollars depuis 2001 dans les opérations militaires en Afghanistan, le rythme actuel est de 100 millions par jour

- Les promesses d’aide non militaire depuis 2001 se montent à 25 milliards de dollars, mais seuls 40% de ces sommes ont été effectivement engagés, soit un dixième des dépenses militaires

- 40% de l’aide internationale retourne dans les pays donateurs sous forme de salaires de consultants (certains payés entre 250’ 000 et 500’ 000 dollars par an) et autres dépenses, qui ne profitent pas à la population

- L’aide non militaire représente 57 dollars par habitant et par an en Afghanistan, contre 679 dollars en Bosnie et 233 dollars à Timor-Est

- Plus des deux tiers de cette aide ne passe pas par le gouvernement de Kaboul (près de 90%, selon lui). Plus de la moitié est liée à la fourniture de biens et services par les pays donateurs.

- Un tiers de l’aide seulement fait l’objet d’une évaluation d’ensemble par les donateurs. Moins de la moitié est coordonnée avec le gouvernement.

- Selon la Banque mondiale, 35 à 40% de l’aide internationale est «mal dépensé». L’OCDE a aussi constaté de nombreux dysfonctionnements, tout comme Matt Waldman dans un rapport rédigé en mars 2008 pour l’organisation non gouvernementale ACBAR.

Une conférence internationale visant à introduire plus de transparence, de coordination et d’éthique dans cet effort, et peut-être à le renforcer, serait aussi une façon de donner une «deuxième chance» aux autorités afghanes.