Brésil

Scandale de la viande avariée: Michel Temer se veut rassurant

Selon l'enquête, 21 des 4837 entrepôts frigorifiques auraient commis des irrégularités. La police brésilienne a révélé l'existence d'un réseau de corruption présumé

Deux jours après le démantèlement d’un vaste réseau de viande avariée au Brésil, le président Michel Temer a tenté dimanche de défendre la production du premier exportateur mondial du secteur. Il a invité des ambassadeurs étrangers à un barbecue.

«En sortant d’ici, je veux inviter tout le monde […] à un barbecue, pour manger de la viande brésilienne», a déclaré le chef de l’Etat à l’ouverture d’une réunion d’urgence avec les ambassadeurs des principaux marchés de ce secteur clé au Brésil, qui écoule ses produits dans 150 pays.

«Il est important de souligner que, sur 11 000 employés (du secteur), seuls 33 sont sous le coup d’une enquête, et que des 4837 entrepôts frigorifiques, seuls 21 auraient commis des irrégularités présumées», a ajouté Michel Temer. Ce dernier avait rencontré peu avant des représentants de l’agroalimentaire et les ministres de l’Agriculture Blairo Maggi et du Commerce Marcos Pereira.

Pour tenter de limiter les conséquences de ce scandale alimentaire qui touche de plein fouet le premier exportateur mondial de viande bovine et de volaille, le président du Brésil a annoncé avoir demandé à «accélérer les contrôles des établissements visés par l’enquête».

Un réseau de corruption découvert

Les exportations brésiliennes de viande de poulet ont dépassé en 2016 les 5,9 milliards de dollars. Les dix principaux clients étaient l’Arabie Saoudite, la Chine, le Japon, les Emirats Arabes Unis, Singapour, la Corée du Sud, le Koweït, l’Egypte et le Venezuela, selon le ministère du Commerce.

Les ventes de viande bovine ont atteint la même année 4,3 milliards de dollars et étaient principalement destinées à Hongkong, la Chine, l’Egypte, la Russie, l’Iran, le Chili, l’Italie, les Pays-Bas, le Venezuela et l’Arabie Saoudite.

Vendredi, au terme de deux ans d’enquête, la police a révélé l’existence d’un réseau de corruption présumé, où des inspecteurs des services sanitaires recevaient des pots-de-vin de la part d’entreprises pour émettre des certificats destinés à des denrées avariées sans réaliser de contrôle.

L’opération, décrite comme «la plus importante de l’histoire» par les forces de l’ordre, a mobilisé 1100 agents pour l’exécution de 309 mandats judiciaires, dont plus d’une trentaine d’interpellations, dans sept Etats du Brésil. Pour l’heure, trois entrepôts frigorifiques ont été fermés, dont un appartenant au géant de l’agroalimentaire BRF, selon le ministère de l’Agriculture. Plus d’une vingtaine d’établissements sont sous le coup d’une enquête et 33 fonctionnaires impliqués ont été destitués. Outre BRF, le géant de l’agroalimentaire JBS est aussi ciblé par les enquêteurs.

Un scandale au moment des négociations avec l’Europe

Ce scandale pourrait également venir perturber la récente relance des négociations commerciales entre l’Union Européenne (UE) et le Mercosur, le marché commun sud-américain, formé par le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay (en plus du Venezuela, dont l’appartenance à ce bloc est actuellement suspendue). Les pays sud-américains réclament à l’UE des quotas plus importants pour la viande.

«Nous avons demandé des éclaircissements urgents au ministère de l’Agriculture», a écrit samedi sur Twitter l’ambassadeur de l’UE au Brésil Joao Cravinho. Le responsable des affaires économiques à la chancellerie brésilienne Carlos Marcio Cozendey a admis que s’il était avéré que les irrégularités concernent l’ensemble du système et non pas quelques acteurs, alors «cela compliquerait vraiment les négociations» avec l’UE. Mais pour l’heure, tout semble indiquer qu’il s’agit d’un épisode «ponctuel», a déclaré le diplomate à l’AFP.

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Le prochain round de négociations entre les deux blocs est prévu à la fin du mois Buenos Aires. Les exportations de viande brésilienne vers l’Europe ont atteint 1,3 milliard de dollars, selon le ministère du Commerce.

De leur côté, les multinationales brésiliennes touchées par cette affaire se sont défendues ce week-end en publiant de pleines pages de publicité dans les principaux journaux pour vanter la qualité de leurs produits alors que la crainte de la population de retrouver ces produits dans les rayons des supermarchés augmentait.

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