Le scandale des «visas dorés» éclabousse l’exécutif portugais

Europe Des permis de séjour avantageux auraient été octroyés trop facilement

Le ministre de l’Intérieur a remis sa démission

Ces visas-là prêtaient à trop d’arrangements. Ils ont précipité le Portugal dans le scandale. Après avoir conduit jeudi à l’arrestation de 11 personnes dont plusieurs hauts fonctionnaires, ils ont entraîné dimanche la démission du ministre de l’Intérieur, Miguel Macedo. L’affaire a pris de telles proportions que le vice-premier ministre Paulo Portas a dû monter au créneau pour défendre ces autorisations, qu’il estime nécessaires à la croissance économique quand d’autres les considèrent comme des pousse-au-crime.

Durement frappé par la crise financière et les mesures d’austérité qui en ont résulté, le Portugal a un besoin pressant de fonds étrangers. Il a institué de ce fait il y a deux ans un «permis de résidence pour activité d’investissements». Une autorisation qui octroie un droit de séjour dans le pays – et donc dans tout l’espace Schengen – aux citoyens extracommunautaires qui y investissent au moins un million d’euros, y achètent un bien immobilier d’une valeur minimale de 500 000 euros ou y créent au moins 10 emplois. Les autres conditions posées à l’obtention du précieux sésame sont un engagement de cinq ans et un séjour sur place de sept jours par année. Contraintes légères s’il en est.

Le Portugal n’a pas pris seul la responsabilité de ces «visas dorés». Avant de se lancer, il a reçu la bénédiction du Fonds monétaire international, de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne. Et puis, il ne fait pas exception: d’autres pays comme l’Espagne, les Pays-Bas et Chypre en ont adopté de comparable.

Le procédé s’est révélé particulièrement lucratif. Il a permis d’attirer plus d’un milliard d’euros en deux ans contre l’octroi de quelque 1650 visas. Mais il a parallèlement attiré les critiques. Les prétendus investisseurs, pour la plupart chinois mais aussi brésiliens, russes ou sud-africains, ont choisi dans leur grande majorité d’acheter un bien immobilier. Très peu ont engagé de l’argent dans d’autres secteurs ou créé des emplois, ce qui a limité drastiquement l’impact de leurs dépenses sur l’économie nationale.

Et puis, la méthode a attiré les fraudeurs. En mars dernier par exemple, il est apparu qu’un ressortissant chinois recherché dans son pays était parvenu à obtenir un permis de résidence en s’achetant une propriété dans la petite ville touristique de Cascais. Des voix s’en sont scandalisées à Lisbonne pour accuser ces autorisations spéciales d’attirer de l’argent douteux et de favoriser les opérations de blanchiment.

Mais l’affaire a pris un tour beaucoup plus grave encore cette semaine. La police portugaise a effectué une soixantaine de perquisitions et interpellé 11 personnes jeudi sur la base de soupçons de corruption dans l’attribution de «visas dorés». Et il ne s’agit pas de n’importe quel endroit et de n’importe qui. Parmi les lieux «visités» figurent les ministères de l’intérieur, de la justice et de l’environnement. Et parmi les personnes traînées devant le juge d’instruction se trouvent le patron de la police des frontières, Manuel Jarmela Palos, la secrétaire générale du Ministère de la justice, Maria Antonia Anes, et le directeur administratif des notaires, Antonio Figueiredo.

Les 11 détenus sont soupçonnés d’avoir agi en réseau pour faciliter l’achat d’un certain nombre de permis de résidence. Ils se seraient notamment ingéniés à accélérer les procédures et à gonfler artificiellement la valeur de certains biens immobiliers afin d’atteindre les seuils requis.

A l’heure d’annoncer sa démission, le ministre portugais de l’Intérieur a assuré n’être coupable ou responsable d’aucune des infractions évoquées contre les détenus. Il a expliqué sa décision par son souci de «défendre le gouvernement, l’autorité de l’Etat et la crédibilité des institutions». Miguel Macedo, de fait, paraît accumuler aujourd’hui les handicaps. Il ne se serait pas seulement montré incapable de prévenir le scandale. Il compterait aussi des liens étroits avec l’un des principaux suspects, le directeur administratif des notaires, Antonio Figeiredo. Selon le quotidien espagnol El Pais, il serait l’un de ses proches amis et un ancien associé de sa fille.

Les détenus sont accusés d’avoir gonflé artificiellement la valeur de certains bien immobiliers