«De ma vie, je n’ai jamais payé pour avoir un rapport avec une femme.» Soupçonné de «prostitution de mineure» par le Parquet de Milan, Silvio Berlusconi a tenté depuis dimanche une contre-offensive politique et médiatique. Mais les suites du «Rubygate», du nom de cette très jeune fille marocaine avec laquelle, selon les procureurs, Silvio Berlusconi, âgé de 74 ans, aurait eu des relations sexuelles, donnent lieu à un grand déballage sordide, accablant et extrêmement embarrassant pour le président du Conseil.

Dans les 390 pages adressées par le Parquet au parlement italien pour obtenir l’autorisation d’effectuer des perquisitions dans les bureaux du Cavaliere, il apparaît notamment que celui-ci était au courant que Ruby, de son vrai nom Karima El Mahroug, n’avait pas 18 ans lorsqu’elle a participé à des soirées présumées érotiques à son domicile. Dans une conversation téléphonique captée par la police, celle-ci affirme notamment: «Il sait que je suis mineure. Je lui ai demandé 5 millions d’euros (pour) dire que je ne suis jamais venue chez lui.»

Au-delà, la presse italienne faisait état mardi des interrogatoires et des écoutes téléphoniques réalisées auprès des «filles» qui auraient défilé chez le Cavaliere. Les jeunes dames étaient, semble-t-il, invitées après dîner à se travestir, à engager des strip-teases et à mimer des scènes érotiques. A la fin, elles recevaient des enveloppes contenant plusieurs milliers d’euros et l’élue passait la nuit avec le maître des lieux.

«C’est une maison de passe»

«Silvio est notre source de revenus», dit l’une des participantes au téléphone. «Il touche le cul des filles devant tout le monde», raconte une autre. «C’est une maison de passe», dit une troisième. Enfin avertit une autre: «Le président du Conseil n’a pas de limites, soit t’es prête à tout soit tu t’en vas.»

Face à cette avalanche de révélations, l’opposition a immédiatement réclamé la «démission» de Silvio Berlusconi. Le quotidien des évêques comme le chef de l’Etat, Giorgio Napolitnao, ont fait part de leur «trouble».

Clairement, Silvio Berlusconi est aujourd’hui sur la défensive. Dimanche soir, anticipant la publication des documents du Parquet, il a diffusé une vidéo dans laquelle il affirme: «Personne n’a pu être troublé par mes soirées. Tout s’est toujours déroulé de manière élégante, sans aucune implication sexuelle.» Et de révéler, comme un mauvais coup de théâtre: «Depuis que je suis séparé, j’entretiens un rapport affectif stable avec une personne» sans en donner toutefois l’identité.

Son entourage tente également de déminer les propos des jeunes femmes en assurant qu’il s’agit de reconstructions fantaisistes. La droite dénonce aussi un complot judiciaire et une atteinte aux libertés personnelles. Quotidien de la famille Berlusconi, Il Giornale stigmatise enfin les moyens déployés pour «espionner» le chef du gouvernement: «Pire que pour un mafieux.» Reste que l’éditorialiste du journal Libero (droite) s’interroge désormais: «Sommes-nous sûrs qu’il soit encore l’homme en mesure d’empêcher l’avènement d’un gouvernement des gauches?»