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Un kiosque à journaux à Moscou. Les titres critiques à l’encontre de Vladimir Poutine pourraient être visés par la nouvelle loi sur les médias.
© LUCY NICHOLSON/REUTERS

Russie

Sceau infamant sur les médias étrangers

Alors que la présidentielle russe approche, Moscou introduit une législation intimidante contre les médias étrangers. La loi est présentée comme une mesure de rétorsion pour la sanction administrative infligée par Washington à sa chaîne anglophone Russia Today

Les députés de la chambre basse du parlement russe (Douma) ont adopté à l’unanimité mercredi un texte de loi discriminant les médias étrangers déplaisant au pouvoir. L’amendement à la loi sur les médias intitulé «Médias agents de l’étranger» a été adopté à une vitesse exceptionnelle et sans débat. Drapant la Russie dans le rôle de la victime d’une vague hystérique russophobe en Occident, le vice-président de la Douma, Piotr Tolstoï (qui fut journaliste de l’AFP dans une vie antérieure), s’est écrié depuis son perchoir: «Nous avons trop longtemps supporté des choses que nous n’aurions pas dû tolérer.»

Quatrième mandat présidentiel à l'horizon

Le texte final doit rapidement être validé par le Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement), puis sera signé la semaine prochaine par le président Vladimir Poutine. La rapidité avec laquelle l’amendement est apparu à l’ordre du jour (mardi) avant d’être adopté le lendemain signale à la fois la subordination complète du pouvoir législatif et la détermination du pouvoir exécutif pour cette mesure.

Vladimir Poutine, qui se prépare à être réélu pour un quatrième mandat présidentiel le 16 mars prochain, poursuit ainsi ses efforts visant au contrôle du paysage médiatique russe. Dans les deux années qui ont suivi son arrivée au pouvoir en 2000, les grandes chaînes de télévision fédérales ont cessé toute critique envers le président russe et font depuis son éloge quotidiennement. Les médias osant critiquer Vladimir Poutine ne sont plus qu’une poignée et sont tolérés parce que leur diffusion est restreinte.

Imprécision de l’amendement

Ce qui caractérise le nouvel amendement, c’est son imprécision. Aucune liste de médias étrangers visés n’a été définie, ni le type d’organisme de presse désormais contraint de s’enregistrer comme «agent de l’étranger». L’amendement se limite à fournir au parquet un instrument au moyen duquel tout organe de presse «pourrait être déclaré agent étranger». Tout média recevant des fonds depuis l’étranger tombe formellement sous le coup de la loi. Sont théoriquement concernés à la fois des chaînes télévisées pro-Kremlin recevant de la publicité étrangère, la chaîne YouTube de l’opposant Alexeï Navalny et les correspondants en Russie de médias étrangers.

«Tout le monde comprend parfaitement qui se trouve en zone de risque», estime le journaliste Oleg, qui note que «l’expression «pourront être déclarés» ouvre délibérément la voie à une application arbitraire de la loi». Les cibles évidentes sont les médias étrangers diffusant en langue russe et donc plus susceptibles d’influencer. Il s’agit de Radio Svoboda et des services russes de la BBC, de Deutsche Welle et de Voice of America, ainsi que du site Meduza.io basé en Lettonie et récemment devenu très populaire auprès de la jeunesse citadine russe.

Médias russes démocratiques menacés

Un influent sénateur, Oleg Morozov, a élargi le champ d’action de la loi en menaçant des médias russes défendant des valeurs démocratiques comme la radio Echo de Moscou et la chaîne câblée Dojd. Un autre sénateur, Sergueï Jelezniak, a proposé d’obliger chaque «agent étranger» à travailler en Russie à travers un «intermédiaire» russe. Dans des déclarations télévisées la semaine dernière, la porte-parole du Ministère des affaires étrangères, Maria Zakharova, n’a pas exclu l’expulsion de correspondants américains et a promis une «surprise» pour l’Occident en guise de mesure de rétorsion. «Nous avons reçu tant d’appels de nos citoyens réclamant que nous agissions à propos des médias américains», a-t-elle déclaré.

Les autorités russes présentent leur fureur comme une réaction à la décision américaine d’enregistrer la chaîne anglophone du Kremlin Russia Today (RT) sous le «Foreign Agents Registration Act». Une loi concernant surtout les groupes de lobbying travaillant pour des gouvernements étrangers. Les autorités américaines citent Russia Today comme faisant partie d’un complot ayant visé à influencer l’électorat américain durant la présidentielle de 2016. La ligne éditoriale de RT suit fidèlement les intérêts du Kremlin, mais répand aussi des théories du complot et des fausses nouvelles.

«Agent étranger»

Contrairement à son acception américaine, «agent étranger» exhume en russe une expression stalinienne extrêmement négative. Les «agents étrangers» étaient alors des espions, des ennemis avec lesquels le citoyen soviétique devait absolument éviter tout contact sous peine de risquer les pires ennuis avec la police politique.

Amnesty International a condamné mercredi l’amendement, qui va, selon l’ONG, «durcir la mainmise» des autorités sur les médias et aggraver «ce qui était déjà une situation assez désespérée pour la liberté de la presse en Russie».

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