Mercredi soir, en exclusivité sur le «Ed Show» sur MSNBC, l’homme s’est dévoilé. Dénommé Scott Prouty, cet Américain de Boston explique qu’il a pris sa caméra au dîner de Boca Raton au cas où Mitt Romney viendrait discuter avec le personnel chargé du service. Il n’avait pas prévu qu’il allait filmer les propos les plus controversés de la campagne qui allaient coûter au candidat républicain un précieux capital politique.

Dans une vidéo diffusée par le magazine Mother Jones en septembre 2012, Mitt Romney explique à ses hôtes, qui ont payé 50 000 dollars leur présence au dîner, que 47% des Américains vont de toute façon voter pour Barack Obama, car ce sont des victimes qui vivent au crochet de l’Etat, des «assistés».

Ces propos produisent l’effet d’une bombe. Ils contredisent tout d’abord les discours que l’ex-gouverneur du Massachusetts a tenus en public. Ils confirment surtout des impressions que les électeurs commencent à avoir à son sujet: qu’il est capable de dire n’importe quoi à son auditoire et aux électeurs afin d’obtenir leurs faveurs.

Scott Prouty a longtemps hésité avant de diffuser son document explosif. Pendant près de deux semaines, il ne dort plus. Puis un soir, il se regarde dans le miroir et s’estime lâche de ne pas montrer aux Américains le vrai visage de Mitt Romney. Mais le Bostonien, qui est inscrit en tant qu’indépendant, mais qui a voté pour Barack Obama, a refusé d’apparaître au grand jour, lâchant plusieurs séquences de la vidéo par Twitter et Youtube.

Par la suite, Scott Prouty entre en contact avec James Carter, un petit-fils du président Jimmy Carter, qui travaille pour Mother Jones. En septembre, il décide, après avoir entendu Mitt Romney à plusieurs reprises, de mettre en ligne l’intégralité de la vidéo.

Son coup de génie est de rester complètement dans l’ombre. Mercredi soir, l’ex-conseiller politique de Barack Obama, David Axelrod, l’a décrit ironiquement: «Il n’a certainement pas d’avenir en tant que barman, mais il pourrait avoir un grand avenir politique.»

Il est resté volontairement anonyme afin que les responsables de la campagne de Mitt Romney ne concentrent pas toutes leurs attaques sur sa personne afin de distraire les électeurs et de leur faire oublier le contenu de la vidéo. Comme l’a souligné Ryan Grim du Huffington Post mercredi soir, s’il était apparu en pleine lumière, il aurait pu être détruit par les millionnaires qui finançaient la campagne du républicain.

A la télévision, Scott Prouty est resté très modeste, s’excusant même auprès de la société qui l’employait comme barman de lui avoir causé du tort. «Mais la cause défendue était plus importante que mon emploi», a déclaré le vidéaste amateur. Aujourd’hui, en dévoilant son identité et son visage, il pourrait s’attirer des ennuis. Mais il a déjà l’intention de s’engager davantage en faveurs des travailleurs en col-bleu et des droits de l’homme.

Dans l’interview d’Ed Schultz sur MSNBC, Scott Prouty avoue que ce qui l’a notamment poussé à publier la vidéo, ce sont les propos de Mitt Romney à propos d’une société en Chine dans laquelle la société que le républicain avait fondée, Bain Capital, avait investi. L’ex-gouverneur du Massachusetts en parle à ses richissimes hôtes de Boca Raton.

Il leur explique que l’entreprise chinoise était entourée de fils de fer barbelés qui ne servaient pas à emprisonner les employés de la société, «mais à empêcher tous les Chinois qui souhaitent venir y travailler de pénétrer dans l’entreprise». Face à autant d’arrogance, Scott Prouty a jugé nécessaire de présenter le vrai Romney aux Américains.

L’impact de la vidéo au sujet des 47% «d’assistés» sera considérable, car le document est diffusé à un moment où Barack Obama est en vraies difficultés, ayant complètement raté son premier débat télévisé.

S’il est difficile d’affirmer que la vidéo fut un élément déterminant dans la victoire du démocrate, elle a montré avec la plus grande clarté la différence entre les deux candidats présidentiels. Sur Twitter, le cinéaste Michael Moore le décrit comme «un héros américain qui mérite une médaille».