États-Unis

Scott Pruitt, ministre aux abois, poussé à la démission 

Accusé de dépenses inconsidérées et de méthodes autoritaires, le ministre de l’Environnement a été lâché par Donald Trump

C’est la fin de l’état de grâce. Dans sa chemise à carreaux rouges et blancs, Scott Pruitt tentait de donner le change, mercredi, lors du pique-nique organisé pour la fête nationale sur la pelouse de la Maison-Blanche. Quelques heures plus tard, le couperet est tombé: le ministre de l’Environnement, qui traîne derrière lui un parfum de scandales, a été contraint à la démission. A force de se distinguer par des dépenses excessives, il s’est attiré les foudres irréversibles de Donald Trump.

«J’ai accepté la démission de Scott Pruitt de son poste de dirigeant de l’Agence de protection de l’environnement (EPA)», a indiqué, jeudi soir, le président dans un tweet, sans mentionner les accusations dont il fait l’objet. Saluant le «travail exceptionnel» du ministre démissionnaire, il a précisé qu’Andrew Wheeler, le numéro deux de l’EPA, assurerait l’intérim. Scott Pruitt dénonce de son côté, dans sa lettre de démission, «les attaques incessantes» dont il estime avoir été victime, soulignant combien elles ont été difficiles pour lui et sa famille.

Abus de jets privés

Scott Pruitt a été nommé par Trump. Climatosceptique convaincu, proche de l’industrie pétrolière, il s’était donné pour mission principale de détruire le bilan environnemental de Barack Obama. Il est l’un des artisans du retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, s’est évertué à réduire les réserves nationales et écoutait davantage le lobby des chasseurs que les écologistes. Mais surtout, il s’est adonné en parallèle à d’autres activités: améliorer son train de vie et abuser de ses privilèges. Il fait l’objet de plusieurs enquêtes.

Les révélations se sont enchaînées. Voyages dans des avions privés aux frais du contribuable pour près de 100 000 dollars, gardes du corps en nombre mobilisés 24h/24, cabine téléphonique sécurisée installée dans son bureau pour 43 000 dollars: l’homme est un dépensier. Il recourait par ailleurs à des collaborateurs pour des affaires privées, comme rechercher un emploi pour sa femme ou acheter, avec leurs propres cartes de crédit, des billets pour un match. Et gare à ceux qui contestaient ses méthodes et ne lui vouaient pas une loyauté indéfectible: ils étaient menacés de limogeage.

Scott Pruitt a également accepté des avantages qui remettaient en question son indépendance: comment expliquer qu’il soit parvenu à louer un grand appartement à Washington pour seulement 50 dollars la nuit? C’est grâce à un lobbyiste pétrolier qu’il a bénéficié de ce prix imbattable. Les soupçons de favoritisme se sont accumulés. Et les lanceurs d’alerte – d’anciens collaborateurs révoqués – se sont multipliés ces derniers jours. Au Congrès, les élus républicains commençaient à trouver que cela faisait beaucoup pour un seul homme.

«Pas content de certaines choses»

Signe que la confiance accordée par Trump se fissurait, le président a récemment lâché que Scott Pruitt faisait du «travail fantastique», mais a avoué qu’il n’était «pas content de certaines choses». Il avait déjà dit ne «pas être content» de son ministre de la Santé, Tom Price, accusé lui aussi de dépenses aériennes exagérées, peu avant qu’il soit contraint de démissionner. Scott Pruitt et Tom Price ne sont pas les seuls de l’entourage du président critiqués pour leur train de vie démesuré. Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor, a lui aussi été épinglé pour ses excès en jets privés. Ryan Zink (Intérieur) et Ben Carson (Logement) ont de leur côté pris goût à des rénovations luxueuses de bureau.

Scott Pruitt a récemment dû faire face à la fureur d’une mère de famille dans un restaurant. Excédée par son comportement, elle lui a enjoint de démissionner, soulignant vouloir un ministre qui se soucie de l’environnement, et pas à la botte de l’industrie pétrolière. «Cet homme est en train de nuire, de manière directe et significative, à la santé et à l’avenir de mon enfant – et de tout enfant – avec ses décisions de revenir en arrière sur les réglementations environnementales au profit des grandes corporations, tout en utilisant l’argent du contribuable pour financer un train de vie de luxe», a-t-elle ensuite dénoncé sur Facebook.

En avril, le ministre avait déjà tenté de se justifier devant le Congrès. Sa cabine téléphonique? Il a juré avoir donné des instructions à son équipe pour téléphoner de manière sécurisée, mais dit ne pas s’être rendu compte des coûts. «Je n’étais pas impliqué dans les autorisations pour les 43 000 dollars. Si j’avais su, j’aurais refusé», a-t-il assuré. Des excuses qui désormais ne trouvent même plus grâce auprès de Donald Trump.

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