C'est le symbole des batailles politiques israéliennes. C'est là que s'y tiennent les meetings et là que s'achèvent les manifestations. Mais hier, la Place de France (c'est son nom), en plein centre de Jérusalem, faisait peine à voir. Banderoles arrachées par le vent, traînant sur le sol mouillé, détritus jonchant le sol pour cause de grève dans le secteur public…

La campagne électorale qui s'achève ce soir est à l'image de ce spectacle: morne et comme honteuse. La course oppose deux anciens héros que le pays n'aime plus guère. Ehud Barak parce qu'il a déçu ses adeptes les plus patients; Ariel Sharon parce qu'il est un homme du passé, dont la réputation effraie même les plus téméraires.

Mais si les Israéliens ont peur, ce n'est pas seulement de l'homme qu'ils vont selon toute vraisemblance porter au pouvoir, dix-huit ans après qu'il fut considéré inapte à y rester. C'est surtout d'une situation qui brouille tous les repères. Peur, pour les Juifs, de se sentir entourés de Palestiniens redevenus soudain tous hostiles et «incompréhensibles»; peur, pour les Arabes israéliens, de sortir de chez eux et de côtoyer leurs compatriotes; peur, pour les laïcs, de l'extrémisme des ultras; peur, pour les religieux, de l'aventurisme des laïcs…

Ce scrutin d'une société en miettes est porteur de dangers. Certes, les attaques – d'une extrême violence – qui fusent dans les messages électoraux pourraient aussi servir à dévoiler un peu les raisons qui ont provoqué l'éruption de l'Intifada palestinienne, il y a quatre mois. Mais malheureusement, la peur recouvre tout. Y compris cela.