‘‘ Je connais Ai Weiwei depuis très longtemps, j’ai assisté à sa toute première exposition à la Kunsthalle de Berne, alors que j’en étais le directeur, avant qu’il ne commence à être connu. Je suis consterné! Son arrestation était courue d’avance, car son engagement politique n’a cessé de se radicaliser. Il était sur le point d’installer un atelier à Berlin, les autorités chinoises ont probablement eu peur qu’il ne devienne encore plus puissant depuis l’étranger. Ses proches l’ont mis en garde maintes fois, il était conscient du danger, mais il s’en fichait, il se sentait investi d’une mission. «Il faut que je fasse un maximum de choses avant qu’il ne soit trop tard», disait-il. C’était une fuite en avant. En Chine, il règne en ce moment un climat de suspicion face à la révolution du Jasmin. Mais cela fait déjà longtemps qu’Ai Weiwei a dépassé son activité de créateur pour devenir activiste. Il a su lier habilement sa carrière artistique et son engagement politique, de manière à ce que l’un serve l’autre. C’est un artiste inestimable en Chine, car il est complètement lucide, il comprend et connaît l’histoire de son pays, tout en portant sur lui un regard extérieur. Il parvient à utiliser les acquis de l’art classique pour en faire quelque chose de complètement contemporain, comme lorsqu’il lâche un vase ancien sur le sol pour qu’il se brise. Cette image iconoclaste reflète sa vision politique: il est prêt à prendre des risques, à casser, si cela peut aboutir à une prise de conscience. ,,