Le choix des républicains est emblématique de la direction que prend le parti et des fortes tensions internes, à quelques jours du début du procès en destitution de Donald Trump. Mercredi soir, après une séance de crise qui a duré plus de quatre heures et qui avait tout de la psychothérapie de groupe, la majorité des républicains de la Chambre des représentants a décidé de soutenir la très controversée Marjorie Taylor Greene et de ne pas la retirer des deux commissions dans lesquelles elle siège, comme le voulaient les démocrates. A l'inverse, l'élue Liz Cheney s'est faite sermonner. C'est elle qui s'est attirée le plus de critiques. 

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Provocations à répétition

Or Marjorie Taylor Greene, en adepte des thèses complotistes de la mouvance d'extrême droite QAnon, s'est répandue en propos antisémites et islamophobes, et a ouvertement souhaité la mise à mort de députés démocrates. Elle a posé pendant sa campagne avec son AR-15 sur son pick-up, faisant sauter une cible avec le mot «socialisme».

Fille de l'ancien vice-président Dick Cheney, Liz Cheney n'est, elle, sous le feu des critiques que pour avoir osé voter en faveur de l'impeachment de Donald Trump, alors qu'elle est la troisième républicaine la plus importante de la Chambre. Mercredi, après un discours de huit minutes, elle a, sur un ton calme mais ferme, justifié sa décision, dit avoir agi au plus profond de sa conscience et refusé de s'excuser. Elle assume sa position mais a demandé un vote sur sa place dans la hiérarchie du parti. Au final, les républicains se sont prononcés à bulletin secret et ont décidé de la maintenir à ses fonctions par 145 voix contre 61.

Il n'y a eu en revanche aucun vote à propos de Marjorie Taylor Greene. A force de propager des contre-vérités et des théories du complot, l'élue de Géorgie, arrivée mercredi à la réunion avec un masque «mettez fin aux avortements», représente pourtant un danger. Le leader des républicains à la Chambre, Kevin McCarthy, a eu un tête-à-tête avec elle et a condamné ses attaques contre les démocrates. Mais il a refusé d'aller plus loin, une attitude critiquée par certains de ses pairs. Comment penser, avec ses antécédents et provocations à répétition, que la députée soit capable de rentrer dans les rangs? Elle aurait fait part de quelques regrets pendant la réunion de crise, cherchant notamment à se distancer de QAnon. Mais quelques heures plus tôt, elle ne semblait être animée par aucun regret. Elle n'a par ailleurs pas hésité à critiquer Kevin McCarthy, alors même qu'il l'a protégée. 

Selon des médias américains, près de la moitié des républicains se seraient levés pour elle après son court discours. Cela donne une idée de la trumpisation du parti. Le fait qu'elle siège à la commission de l'Education choque tout particulièrement: elle a harcelé un survivant de la tuerie de l'école de Parkland et a laissé entendre à plusieurs reprises que les fusillades de masse survenues dans les établissements scolaires pouvaient être des mises en scène et les rescapés, des acteurs. 

Un «cancer»

Comme les républicains ont refusé de prendre des mesures disciplinaires à son égard, c'est à la Chambre de se prononcer, jeudi, sur l'expulsion de l'élue des commissions. Or la Chambre est à majorité démocrate. Des républicains oseront-ils voter avec les démocrates en faveur de la neutralisation d'une des leurs? Certains oseront-ils se lever pour affirmer qu'elle ne représente pas les valeurs du parti républicain? Tout l'enjeu est là. Des élus se cachent derrière le fait que la plupart des propos qui lui sont reprochés datent d'avant son élection. Kevin McCarthy est le premier à mettre cet argument en avant.

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En attendant, l'attitude de Mitch McConnell, le chef de la minorité républicaine au Sénat, provoque des interrogations. Il a ces derniers temps à la fois haussé le ton à l'égard de Donald Trump et de Marjorie Taylor Greene. Même s'il ne l'a pas nommée directement, il s'est distancé lundi soir de ses théories délirantes, en affirmant: «Les mensonges absurdes et les théories de conspiration sont un cancer pour le Parti républicain et notre pays. Quelqu’un qui a suggéré qu’aucun avion n’avait percuté le Pentagone le 11 septembre 2001, que d’horribles fusillades dans les écoles ont été mises en scène et que les Clinton ont provoqué le crash de l’avion de JFK Jr. ne vit pas dans la réalité.» Ira-t-il jusqu'à considérer que Donald Trump est bien coupable d'avoir provoqué la violente attaque du Capitole du 6 janvier? Rien n'est moins sûr. Il sera en tout cas l'un des principaux personnages à observer ces prochains jours.