Crimes

Second couteau du nazisme remis à Allemagne

Les Etats-Unis ont expulsé mardi un ancien gardien de camp nazi d’origine polonaise. Pendant plus de dix ans, la République fédérale avait refusé d’accueillir le vieillard, faute de preuves suffisantes pour entamer contre lui un procès

Avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, l’affaire était devenue l’un des nombreux points de friction opposant l’Allemagne et les Etats-Unis. Finalement, Berlin – invoquant sa «responsabilité morale» – a accueilli mardi Jakiw Palij, un ancien gardien du camp de concentration et de travail de Trawniki, dans lequel ont été assassinés 6000 Juifs le 3 novembre 1943. Selon les chasseurs de nazis, l’homme aurait également participé à la répression brutale du ghetto de Varsovie. Débarqué de l’avion sur une civière, il devrait finir ses jours dans une maison de retraite des environs de Münster.

Zèle et cruauté

Jakiw Palij, qui coulait des jours tranquilles aux Etats-Unis, où il a travaillé comme dessinateur industriel, a toujours nié les faits qui lui sont reprochés. Il reconnaît avoir travaillé pour les SS, mais assure que son rôle s’était borné à la surveillance de ponts et à des patrouilles le long des fleuves. Les historiens considèrent que les gardiens formés à Trawniki – 4000 à 5000 Polonais, Ukrainiens, Baltes et Allemands appartenant aux minorités germaniques de l’Union soviétique – affectés à la garde des camps de concentration à travers le Reich ont généralement fait preuve d’un zèle tout particulier et d’une grande cruauté dans leur travail.

Après la guerre, Jakiw Palij s’était glissé dans le flot des réfugiés en route pour les Etats-Unis, se présentant comme une victime du nazisme. Il obtient en 1957 la nationalité américaine. Mais rapidement, des doutes pèsent sur son rôle pendant la guerre. En 2003, il est finalement déchu de la nationalité américaine pour avoir menti lors de son arrivée dans le pays et Washington cherche à obtenir son extradition.

Tour à tour l’Ukraine (où se trouve aujourd’hui le camp de Trawniki) et la Pologne (son pays d’origine) refusent de l’accueillir. L’Allemagne invoque pendant plus de dix ans les faibles chances d’un procès faute de preuves suffisantes et le fait que l’homme n’a jamais été Allemand pour refuser à son tour de recevoir l’ancien gardien.

Trois conditions pour des poursuites

De fait, la justice allemande ne peut entamer de poursuites contre un ancien nazi qu’à trois conditions: que les faits reprochés se soient déroulés en Allemagne (Trawniki n’a jamais fait partie du Reich), qu’un citoyen allemand figure parmi les victimes (les preuves sont à ce sujet insuffisantes) ou que le suspect possède la nationalité allemande ou ait exercé une fonction de fonctionnaire allemand. En tant que gardien de camp, Jakiw Palij répond à ce dernier critère. Mais à la différence d’un autre «Trawniki» réfugié aux Etats-Unis, jugé et condamné en Allemagne en 2012, John Demjanjuk, les enquêteurs n’ont jamais retrouvé sa carte d’identité professionnelle, qui prouverait son affectation au camp.

L’Allemagne, longtemps accusée de mansuétude à l’égard des anciens nazis, a révisé sa jurisprudence envers les seconds couteaux du nazisme avec le cas Demjanjuk. La justice considère désormais que le génocide nazi n’aurait pas été possible sans l’implication des petits rouages de la machinerie qu’étaient les gardiens de camp, les comptables ou les aides cuisiniers.

Deux autres grabataires ont été condamnés depuis. Aucun des trois hommes – trop malades ou décédés – n’a fait de prison. L’arrivée de Jakiw Palij en Allemagne a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, allant de la crainte que lui soit réservée une fin trop douce à l’indignation – orchestrée par l’extrême droite – de voir le système de sécurité sociale prendre en charge les soins qui lui seront prodigués.

Publicité