L’obus s’est abattu juste à côté de l’autel, formant un cratère sur le sol dallé. Dans la ville syrienne de Homs, les Jésuites étaient en possession de trois églises. La première est pratiquement en ruine, la deuxième est trop endommagée pour être utilisée. Et dans la troisième, le trou formé au plafond laisse désormais entrer les rais de lumière, comme dans une scène biblique.

«C’est un signe de la providence, afin que la sagesse entre jusqu’à nous», a dit Ziad Hilal aux fidèles réunis lors de la messe du dimanche. En s’en souvenant, il sourit: «Les croyants étaient venus tristes, mais ils sont repartis réconfortés. C’est notre tâche de continuer de semer l’espérance.»

De passage à Genève, le Père jésuite de 38 ans se veut rassurant sur le sort de la minorité chrétienne en Syrie, malgré les tensions confessionnelles souvent mises en avant: «Je n’ai pas peur pour l’avenir des chrétiens, insiste-t-il. Au contraire, leur rôle historique de pont entre les diverses communautés n’est que renforcé par ces événements.» Son supérieur, le Néerlandais Frans Van der Lugt, n’habite-t-il pas toujours au cœur de la veille ville, avec des réfugiés de toutes les confessions?

A Homs, où les combats se poursuivent quotidiennement, il resterait encore quelque 40 000 chrétiens. Au même titre que les autres habitants de cette ville meurtrie, beaucoup ont tout perdu, les maisons sont en ruine, ont été pillées ou vandalisées. «La moitié des gens sont aujourd’hui des réfugiés dans leur propre ville», explique le Père.

Réconcilier enfants et adultes

Alors que les écoles publiques sont fermées, les jésuites ont décidé, avec l’aide d’autres églises locales, d’ouvrir quatre centres destinés à tous les enfants, qu’ils soient chrétiens, sunnites, alaouites ou laïcs. Ils sont presque un millier d’élèves à recevoir ainsi des cours de mathématiques, d’arabe, de français, mais aussi des «classes de vie», dans lesquelles les enfants doivent composer des chansons ou monter des pièces de théâtre en lien avec les valeurs de la tolérance, du respect de l’autre ou de la paix. Les parents sont invités aux représentations. «Le but est aussi de réconcilier les adultes. Puisqu’on n’arrive pas à convaincre les parents, nous tentons de les tirer grâce aux enfants.»

Des dizaines de jeunes hommes sans emploi ont été engagés comme professeurs. Grâce à un réseau d’associations caritatives, les jésuites (ils sont trois à œuvrer dans la ville) ont aussi élargi leurs activités en aidant les parents à payer la nourriture, les soins de santé ou le logement.

Pour passer d’un quartier à l’autre, dans cette ville désormais divisée par des frontières invisibles, enfants, parents, prêtres et professeurs risquent leur vie à tout moment. Lors d’un bombardement récent, un enseignant a été blessé au pied, le père d’un enfant a reçu des éclats d’obus dans le ventre, un proche d’une collaboratrice a été tué. «C’est une triste image qui se dégage de cette ville», concède Ziad Hilal, qui a pourtant appris à se faire respecter par les deux camps.

Après avoir notamment suivi des études de philosophie et de théologie en France, Ziad Hilal est rentré en Syrie il y a à peine trois ans. Aujourd’hui, il est catégorique: «Je ne laisserai pas cette ville tant qu’il y aura des gens dedans. Je ne quitterai Homs que mort.»