Gare Montparnasse lundi, des soldats patrouillent dans les halls. Le TGV de 10h46 pour Bordeaux va partir. Pas de fouille, aucun contrôle. Une dame s’en inquiète auprès d’un agent de la SNCF qui lui répond: «Nous ne sommes pas encore autorisés à faire ouvrir les valises, peut-être en 2016. Pour le moment, seuls la police et les militaires font cela si une personne paraît suspecte.»

Tour Montparnasse (210 m), lieu sensible. Pour y entrer, fouilles au corps et passage au détecteur de métaux. «On a sérieusement durci les contrôles depuis samedi», dit un surveillant. Idem au Centre commercial Lafayette voisin et la FNAC de la rue de Rennes dont le nombre d’accès a été limité afin de mieux filtrer la clientèle. Les Halles, au centre de la capitale, ont positionné des agents de sécurité à chaque entrée. Le cinéma UGC impose une fouille au corps après l’achat des billets.

Voilà ce qui est apparent trois jours après les attentats qui ont endeuillé Paris. Une impression de tentative de sécurisation avec militaires, CRS, véhicules postés aux coins stratégiques et agents privés. Le pays a décrété l’état d’urgence. L’armée va dès ce mardi porter à 10 000 le nombre de militaires déployés dans l’Hexagone. Il y en avait 7000 avant vendredi. Dimanche à Paris, un millier d’hommes sont venus prêter main forte aux 4000 soldats déjà sur place dans le cadre de l’opération Sentinelle.

Le métro de nouveau rempli

«Nous continuons de surveiller les sites comme les gares, aéroports, musées, zones commerciales, lieux de culte israélites, mais notre visibilité globale sera accrue», a indiqué le colonel Benoît Brulon, porte-parole de l’opération Sentinelle. Mais la capitale est vaste (105 km2) et recense 2,3 millions d’habitants. Un projet de loi sera présenté mercredi en conseil des ministres pour prolonger de trois mois l’état d’urgence. Car les fêtes de fin d’années approchent, faisant sortir les Parisiens mais drainant aussi les touristes. La vigilance de la population au fil du temps sera moindre. Le métro vide au cours du week-end s’est à nouveau rempli lundi, le travail reprenant et les écoles rouvrant. Pour le moment aucun contrôle pour accéder aux rames ne s’y est effectué. La police ne peut positionner un fonctionnaire derrière chaque Parisien, même pas derrière mille. Que faire alors?

Dégraissement dans l’armée

Il est acquis que la vidéosurveillance sera élargie. Paris est à cet égard en retard avec 1100 caméras dans les rues soit à peine plus que Nice par exemple (900). Londres en a posé 75 000 reliées à Scotland Yard. Les syndicats policiers réclament que les personnels soient armés de manière plus systématique et réglementaire notamment lors de leurs jours de repos. Les commissaires de police s’appuient sur l’exemple d’un de leurs collègues qui se trouvait au Bataclan et qui a été blessé sans pouvoir riposter. Et un gardien de la paix hors service a été tué à l’une des terrasses de café ciblée par les terroristes.

La France dégraisse depuis quinze ans ses effectifs dans les armées (-16,6% pour l’Armée de terre de 2008 à 2015). Mais elle a tiré, semble-t-il, les leçons des conséquences du déploiement militaire qui ont éreinté les régiments après les attentats de janvier. François Hollande a décidé de ralentir les suppressions de poste prévues dans la loi de programmation militaire 2015-2019 et la force opérationnelle terrestre va passer en 2016 de 66 000 à 77 000 hommes.

Pas de quoi réjouir outre mesure l’opposition qui réclame «un effort de guerre» plus conséquent. Le député Les Républicains Eric Ciotti a répété au cours du week-end sur les chaînes d’info en continu que l’Etat menait une politique budgétaire «incohérente». «L’Etat augmente le budget de la culture de 2,6%, recrute 60 000 fonctionnaires supplémentaires dans l’Education nationale et n’accorde des crédits en hausse pour la sécurité intérieure que de 0,96%», a-t-il déploré. Réponse lundi de François Hollande devant le Congrès: «Création de 8500 postes dans la sécurité et la justice.» Et l’état d’urgence qui autorise les perquisitions au domicile de jour comme de nuit a donné ses premiers résultats: 150 ont eu lieu dans la nuit de dimanche à lundi dans la mouvance radicale autour de Paris, à Lyon, Marseille, Lille, Toulouse. Bilan: cinq personnes arrêtées dans la banlieue lyonnaise et ont été saisis un lance-roquettes, des gilets pare-balles, plusieurs pistolets et un fusil d’assaut kalachnikov.

Personnes «fichées S»

Plus largement, les Parisiens, eux-mêmes, savent qu’une sécurisation totale et permanente de la capitale est impossible et que le risque zéro n’existe pas. On mise donc ici sur la lutte directe contre le terrorisme pour réduire ces risques. Nicolas Sarkozy, l’ancien chef d’Etat, a saisi la balle au bond en allant loin dans les moyens de répression contre les individus suspectés d’afficher de la sympathie pour Daech. Il a émis l’idée que les 11 500 personnes fichées S (sûreté de l’Etat) soient assignées à résidence avec un bracelet électronique. Il a réitéré sa proposition de centre de déradicalisation, le fait de considérer comme un délit la consultation de sites internet jihadistes, l’expulsion des imams radicaux et l’emprisonnement de tous ceux qui reviennent de Syrie ou d’Irak.

«Si on tombe dans la présomption de culpabilité on n’est plus dans un état de droit. Quant à les placer en rétention c’est ouvrir des Guantanamo à la française», a réagi le Parti socialiste. Le criminologue Alain Bauer mise lui sur une ouverture des services de renseignements aux universitaires, chercheurs, habiles internautes qui pourraient épauler les policiers et les agents du renseignement, sur le modèle new-yorkais.