La gauche a perdu, mais elle sait encore remplir les salles. Mardi soir, le Parti socialiste français a réuni ses principaux chefs et plusieurs milliers de militants à Paris, pour son premier grand meeting des législatives. Mais dans une ambiance un peu amortie, et sans les espoirs grandioses qu'il nourrissait avant la présidentielle.

La soirée a permis à Ségolène Royal de revenir sur le devant de la scène, après trois semaines de relative éclipse. Elle a lancé un appel aux «jeunes des quartiers populaires»: «Revenez vers les urnes, revenez, la France a besoin de vous, revenez nous aider à construire une opposition forte», a-t-elle clamé sous un torrent d'applaudissements et de «merci, Ségolène».

Dominique Strauss-Kahn a été moins gâté: très critique envers la candidate, il a été hué en prenant la parole. Un message de Lionel Jospin, absent, a été lu sous les sifflets. Mieux accueilli, Laurent Fabius a appelé les siens à ne pas se «diviser».

Derrière leur unité de façade, les socialistes cherchent surtout à limiter les dégâts. Leurs ambitions pour les législatives sont floues: «DSK» espère «une défaite pas trop cuisante», d'autres préféreraient une «cohabitation» entre une majorité parlementaire de gauche et Nicolas Sarkozy. Mais ce scénario est trop improbable pour que le PS en fasse son objectif officiel.

Deux semaines perdues

D'autant que le parti a mis beaucoup de temps à entrer dans la nouvelle campagne. Après la présidentielle, «on a perdu deux semaines», regrettait récemment Benoît Hamon, un jeune dirigeant socialiste: la première à s'écharper sur les causes de la défaite du 6 mai, la seconde à subir la tornade médiatique provoquée par la constitution du nouveau gouvernement.

Depuis, les choses ne se sont guère arrangées. De Ségolène Royal à François Hollande, les responsables du PS admettent que le «logiciel» de la gauche française, c'est-à-dire son idéologie, doit évoluer. Mais comme le débat sur ce sujet a été repoussé après les législatives, les socialistes doivent faire campagne avec leur vieux programme, leur vieux logiciel. Ils espèrent simplement que les électeurs ne leur en voudront pas trop.

U Nicolas Sarkozy a fait sa première apparition de président dans la campagne législative, lors d'une réunion au Havre. «Françaises, Français, je vous demande de me donner la majorité dont j'ai besoin pour gouverner», a-t-il déclaré. Selon lui, une cohabitation serait synonyme «de conflits larvés et de paralysie». (LT)