Ségolène Royal persiste et signe. Après avoir semé le trouble au sein de son parti, la candidate socialiste à l'investiture présidentielle a défendu vendredi ses propositions de lutte contre l'insécurité (LT du 2.6.2006). Elle a rejeté les critiques qui lui reprochent d'imiter Nicolas Sarkozy, en expliquant vouloir épargner la prison aux plus jeunes délinquants. Elle a admis que son idée d'«encadrement militaire» avait pu «surprendre», mais a vanté les vertus de «l'armée citoyenne» pour les adolescents en mal de repères.

En campant, avec quelques nuances, sur sa ligne dure, Ségolène Royal prend un risque considérable: celui de froisser ce qui forme le cœur même de l'électorat de gauche en France, les enseignants et leurs syndicats. Ceux-ci ont très mal accueilli son programme, le qualifiant de superficiel, électoraliste et impossible à appliquer.

La création d'un «tuteur», sorte de moniteur sportif qui assisterait aux cours pour faire régner la discipline, irrite particulièrement les enseignants. «Nous avons besoin de plus d'adultes dans les établissements scolaires, mais pas de gros bras qui resteraient au fond de la classe», explique Gérard Aschieri, de la Fédération syndicale unifiée, en qualifiant ce projet de «gadget».

D'autres syndicats d'enseignants, ainsi que des organisations de gauche représentant les magistrats et les éducateurs, ont qualifié le discours de Ségolène Royal de «démagogique», «ahurissant» ou témoignant d'une «méconnaissance totale» des problèmes d'éducation.

«J'entends ici ou là contester un certain nombre de propositions. Elles ont déjà fait leur preuve, je sais de quoi je parle: pendant quatre ans j'ai parcouru les collèges en zone d'éducation prioritaire», a rétorqué la politicienne socialiste.

Pourtant, aucun candidat de gauche ne peut négliger la réaction des syndicats enseignants. En France, les enseignants sont le groupe social qui vote le plus massivement pour le Parti socialiste. Leur défection en 2002, en raison d'un désaccord avec le ministre de l'Education, Claude Allègre, a été un facteur décisif de la défaite au premier tour du candidat socialiste Lionel Jospin.

«Malgré cela, il y a encore une forte inclination des enseignants pour le Parti socialiste», explique Sylvain Brouard, chercheur au Centre d'étude de la vie politique française (Cevipof). «Leur spécificité, c'est d'être extrêmement syndiqués et mobilisés. Perdre leur soutien peut être un risque, en particulier pour le premier tour de l'élection présidentielle.»

Mais avant, il y aura à l'automne le vote des militants socialistes qui désignera le ou la candidate du PS. Persuadés que Ségolène Royal peut encore trébucher malgré son avance dans les sondages, ses rivaux multiplient les attaques contre son programme sécuritaire. «Fabiusiens», «jospinistes» et «strauss-kahniens» se sont exprimés par divers canaux pour faire savoir tout le mal qu'ils pensaient des idées de leur concurrente.

En d'autres temps, les propos de Ségolène Royal sur l'insécurité auraient porté un coup fatal à ses espoirs de représenter les socialistes à la présidentielle. Mais l'électorat de gauche n'a pas oublié qu'en 2002, la «naïveté» avouée de Lionel Jospin sur le sujet avait contribué à sa défaite. Plus généralement, dans le sillage de la crise des banlieues, c'est toute la France qui semble aspirer à un retour aux valeurs d'ordre et de discipline. Fâcher les enseignants pour séduire l'opinion: pour Ségolène Royal, le jeu en vaut largement la chandelle.