Un hommage unanime a salué la mémoire de Philippe Seguin, figure marquante de la droite française, mort jeudi matin d’une crise cardiaque à l’âge de 66 ans. «Philippe Séguin avait ses défauts, ses faiblesses, ses emportements, mais rien de ce qu’il entreprenait n’était médiocre», a déclaré le président Nicolas Sarkozy.

Gros fumeur et fanatique de football, Philippe Séguin avait explosé sur la scène publique en 1992, lorsqu’il avait fait campagne contre le traité de Maastricht instituant l’euro. Il était alors parti en guerre contre la «pensée unique», mélange de libéralisme, de libre-échangisme et de rigorisme financier. Le peuple français ne l’a pas suivi – Maastricht fut adopté par référendum avec 51,05% des voix – mais l’expression a fait florès, à gauche comme à droite, et Nicolas Sarkozy l’utilise souvent.

Il avait aussi bataillé contre le «Munich social» qu’auraient entraîné les réformes libérales d’Edouard Balladur, premier ministre entre 1993 et 1995. Son projet d’«autre politique», fondée sur les déficits publics et la défense du «modèle social» français, inspira la campagne présidentielle victorieuse de Jacques Chirac en 1995.

Réputé fier, voire ombrageux, Philippe Séguin s’était fait une spécialité des démissions fracassantes. En 2001, il avait échoué dans sa tentative de conquérir la mairie de Paris. Président depuis 2004 de la Cour des comptes, il cultivait une haute idée – au point, parfois, d’en paraître imbu – de son rôle de «serviteur de l’Etat»

Ces derniers mois, il était devenu très critique, en privé, de la gestion des fonds publics par Nicolas Sarkozy. En juillet dernier, il avait épinglé son goût pour les sondages, tout en félicitant la présidence pour ses efforts de transparence comptable.

Il s’était aussi transformé en pourfendeur infatigable du laisser-aller budgétaire, à tous les niveaux de l’administration. Le 3 juin, devant des députés, il déplorait la «croissance insuffisamment maîtrisée» des dépenses et la persistance d’un déficit structurel approchant le quart des recettes de l’Etat. «Il faudra bien, avertissait-il, qu’on en tire un jour des conclusions opérationnelles.»