« Nous sommes réunis, tous ensemble dans la cour de l’hôtel. Les chants de prière qui viennent de l’extérieur sont réconfortants. » Avec un accès téléphonique à Haïti presque totalement rompu, les rares témoignages qui proviennent de Port-au-Prince, depuis le séisme, empruntent les lignes Internet. Depuis l’Hôtel Oloffson, célèbre institution haïtienne situé au centre ville et qui n’a apparemment pas connu de dégâts, le propriétaire Richard Morse commente heure par heure sur Twitter les dernières informations qui lui proviennent. Et tente de rassurer comme il le peut les familles haïtiennes qui vivent à l’étranger. « La batterie de mon portable s’épuise. Bientôt, nous ne pourrons plus communiquer. »

Une île depuis cette nuit coupée du monde. Le seul contact téléphonique que nous ayons pu établir vers 3h30 du matin (heure suisse), via Skype, est celui d’un employé de l’ONU dont le domicile se situe à 60 kilomètres de l’épicentre du séisme, le quartier populeux de Carrefour. «Nous n’arrivons plus à communiquer avec notre base principale. La plupart des informations que j’obtiens, je le les trouve sur Internet ou via la télévision américaine. Au moment où je vous parle, la terre ondule. Les répliques sont terribles. A la première secousse, je me suis caché sous une table. J’ai l’impression d’être dans une machine à laver. Entre deux répliques, je suis allé faire un tour dans la petite ville où je réside. Il y a des dommages importants. »

« Les gens ont dormi dans la rue »

Présentateur à la Télévision nationale haïtienne, Carel Pedre a passé les premières heures qui ont suivi le séisme à chercher sa fille dans les rues de Pétionville, sur les contreforts de Port-au-Prince. Il a documenté en photos les premières minutes qui ont succédé à la catastrophe. Et s’exprime depuis, régulièrement ,sur CNN et sur Twitter. Nous avons réussi à le contacter sur Skype, à 13 heures (7 heures du matin en Haiti).

« Je vis à Pétionville, près de la Place Boyer, à vingt minutes du centre ville de Port-au-Prince. Les dégâts y sont moins importants qu’en ville. Je n’ai pas dormi une minute depuis la catastrophe. Il n’y avait pas de secours dans les premières heures. Depuis l’aube, il y a des hélicoptères qui survolent la capitale. Je n’ai pu communiquer avec mes proches que par Internet. Mais maintenant, j’arrive à atteindre des gens sur le réseau Digicel, dont les numéros commencent par 6, 7 ou 8. Je vais descendre en ville maintenant pour couvrir la catastrophe. Nous n’avons plus connu de répliques depuis 23 heures (ndlr. 5 heures du matin, en Suisse). Mais c’était une atmosphère terrible. Les gens n’osaient pas rentrer chez eux. La population a préféré dormir dans la rue, de crainte d’un nouveau séisme. »

Très rares sont ceux qui obtiennent quelqu’un au bout du fil, depuis Port-au-Prince. Il suffit de connaître un peu la capitale en temps normal et apercevoir les quelques images qui illustrent les dégâts causés par le séisme, pour comprendre que Port-au-Prince (et sans doute une partie de la province haïtienne) sont aujourd’hui plongés dans un chaos sans précédent.