«Nous sommes au milieu d’une nappe irisée huileuse. Il y a une grande quantité de pétrole sur l’eau. Il y en a partout. Cela fait plusieurs kilomètres de long et je dirais, plusieurs centaines de large», a assuré Christian Bussau, un des experts de l’organisation écologiste.

Greenpeace a envoyé lundi un bateau faire des tests à la limite de la zone d’exclusion de 3,7 km instaurée autour de la plateforme en raison des risques d’explosion, selon un photographe de l’AFP présent à bord.

Selon Christian Bussau, il s’agit d’un «accident grave». «Total doit immédiatement commencer à boucher la fuite ou la pollution ne s’arrêtera pas», a-t-il ajouté. L’organisation écologiste a effectué des prélèvements qu’elle va transmettre à un laboratoire allemand pour déterminer exactement «ce qu’était cette irisation». Total a démenti la présence de pétrole: il s’agit d’«un condensat léger de gaz, qui ne pose pas de risque significatif» pour l’écosystème, a déclaré une porte-parole.

Juste après la découverte de la fuite il y a huit jours, Total avait indiqué que lorsque celle-ci s’était produite, du liquide s’était d’abord échappé, entraînant la formation d’une nappe fine d’hydrocarbures d’environ 12 km2. Mais ce condensat est sensé, selon lui, s’évaporer.

Même si le site laisse toujours échapper environ 200’000 m3 de gaz par jour, Total affirme que «l’impact sur l’environnement» est «relativement négligeable». Le groupe pétrolier français a indiqué la semaine dernière à son personnel que la fuite de gaz représentait chaque jour l’équivalent d’un aller-retour Paris/Sanghai en termes d’émissions de carbone. Un expert de l’université de Liverpool, spécialisé en pollution marine, a lui aussi assuré que les risques pour l’environnement, notamment pour la faune marine, étaient limités.

Après l’extinction d’une torchère qui a rendu pendant plusieurs jours la plateforme inaccessible en raison des risques de déflagration, le groupe se concentre maintenant sur les opérations de colmatage.

Première étape: envoyer une équipe sur place pour faire un état des lieux. Cette équipe inclura des experts de la société américaine «Wild Well Control», spécialiste des interventions d’urgence sur les puits. Elle a notamment travaillé sur les puits en feu au Koweït pendant la première guerre du Golfe et aidé BP à combattre la marée noire dans le Golfe du Mexique en 2010.

Total devait également rencontrer dans la journée des représentants de l’autorité de sûreté britannique (Health and Safety Executive, HSE), à laquelle elle a soumis une évaluation des risques. L’avis de la HSE est purement consultatif, mais Total souhaite son approbation avant d’envoyer une équipe.

Viendra ensuite le colmatage, avec deux scénarios: l’injection directe de boues dans le puits défaillant ou le forage de puits de dérivation pour détourner le gaz. La première option est la plus rapide mais requiert l’intervention de techniciens sur la plateforme.

La seconde, qui implique de creuser des kilomètres de roches, sera très longue. Elle pourrait prendre six mois et coûter trois milliards de dollars.

Les mesures prises par Total pour endiguer la fuite de gaz lui coûtent «environ un million de dollars par jour», a indiqué le directeur financier du groupe, Patrick de la Chevardière, lors d’une conférence avec des analystes.

Total perd en outre 1,5 million de dollars par jour de revenu net opérationnel, a-t-il ajouté, tout en assurant que cet incident ne remettait pas en cause la politique d’investissement et de dividende du groupe. La production sur les champs d’Elgin et de Franklin devait représenter en 2012 53’000 barils par jour, soit 2% de la production totale du groupe.