Débat 

Selon un rapport allemand, la criminalité a augmenté avec le nombre de migrants dans le pays

Une étude d’experts commandée par le Ministère de la famille a jeté un pavé dans la mare, tout en livrant d’intéressantes pistes de réflexion

Le Ministère allemand de la famille, aux mains du parti social-démocrate, avait commandé début 2017 à un groupe de trois experts un rapport sur la criminalité des jeunes et des étrangers. Dirk Baier (Institut de prévention de la criminalité ZHAW de Zürich), Christian Pfeiffer et Sören Kliem (Institut de recherche en criminologie de Basse-Saxe) ont livré en milieu de semaine les conclusions de leurs travaux, jetant ainsi un pavé dans la mare à la veille des négociations qui doivent s’ouvrir lundi entre les chrétiens et les sociaux-démocrates en vue de former le prochain gouvernement. L’étude révèle en effet une nette corrélation entre l’augmentation de la criminalité et l’arrivée de réfugiés dans le pays.

Criminalité en hausse

L’étude porte sur l’évolution des crimes et l’usage de la violence en Basse-Saxe entre 2007 et 2017. La région – située au cœur de l’Allemagne – sert régulièrement de référence en termes de sécurité, car «ce Land présente des valeurs tout à fait comparables aux moyennes nationales pour un certain nombre de critères importants pour la criminalité, tels que les taux de chômage, de pauvreté ou de migration», rappelle Christian Pfeiffer.

Entre 2007 et 2014, la Basse-Saxe – comme le reste de l’Allemagne – enregistre une diminution continue des actes violents, à hauteur de -21,9% pour l’ensemble de la période. La tendance est rompue en 2015, l’année où Angela Merkel a «ouvert la porte aux réfugiés». En 2015 apparaît une brusque augmentation de la criminalité de +10,4%, imputée pour 92,1% à des réfugiés.

Critères à prendre en compte

A ce niveau de leur étude, les auteurs insistent sur plusieurs points, afin d’éviter les amalgames: «Tout d’abord, on sait que les actes violents sont partout dans le monde principalement le fait d’hommes jeunes, âgés de 14 à 30 ans, le groupe d’âge le plus représenté chez les réfugiés, explique Christian Pfeiffer. Ensuite, il est avéré que les crimes sont deux fois plus souvent déclarés à la police lorsque leur auteur est un étranger. Il faut par ailleurs opérer une distinction en fonction des origines géographiques.»

Syriens, Irakiens et Afghans, qui bénéficient le plus souvent de titres de séjour «posent peu de problèmes car ils ne veulent en aucun cas compromettre leur situation», à la différence des réfugiés d’Afrique du Nord, qui n’ont que de très faibles chances d’être légalisés. «Ce dernier groupe, qui ne représente que 0,9% des réfugiés en Basse Saxe est responsable de 17,9% des crimes et de 31% des vols commis dans la région.» Selon les auteurs de l’étude, une culture d’origine «à forte composante machiste» et la trop faible présence de femmes – épouses, mères, sœurs – «qui ont souvent un effet «civilisant» et pacifiste», expliqueraient en partie ce phénomène.

En faveur de l’intégration

Les auteurs se prononcent donc en faveur du regroupement familial, y compris pour les réfugiés sans perspective de séjour à long terme dans le pays. «Le regroupement familial a ici une justification «criminologique»», insiste le rapport, à l’heure où le sujet pourrait devenir le principal point d’achoppement entre chrétiens et sociaux-démocrates, dans les discussions qui doivent débuter lundi en vue de former le prochain gouvernement.

Dans la même veine, les auteurs du rapport se prononcent en faveur d’un véritable programme d’intégration en faveur des réfugiés, qu’ils soient ou non appelés à rester à long terme en Allemagne. «Les réfugiés doivent être occupés, il faut leur procurer des cours de langue, des formations ou des stages pendant la durée de leur séjour en Allemagne, cette expérience pouvant aussi les aider, le cas échéant, à reprendre pied lors de leur retour au pays», insiste Christian Pfeiffer.

Investir dans l’aide au développement

Enfin, les auteurs se prononcent en faveur d’une double stratégie pour accélérer le nombre des départs. En 2017, 327 000 réfugiés ont été déboutés du droit d’asile. 22 190 personnes ont été expulsées (le rapport réclame l’expulsion systématique des réfugiés tombés dans la criminalité, une mesure souvent compliquée par le manque de coopération des pays d’origine), 27 903 ont bénéficié d’une enveloppe de 150 millions d’euros au titre de l’aide au retour volontaire.

«Les pays d’origine, insiste Christian Pfeiffer à l’attention du prochain gouvernement, ont besoin de moyens, pour mettre sur pied des programmes permettant de développer leurs économies et leurs marchés du travail. Il va falloir investir beaucoup plus dans l’aide au développement.»

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