Une semaine après avoir remis sa démission, le chef du gouvernement italien, Romano Prodi, a obtenu mercredi soir une courte majorité à l'issue d'un vote de confiance au Sénat. Le président du Conseil l'a emporté avec 162 voix contre 157. Jusqu'au bout, l'incertitude a toutefois régné dans le palais du pouvoir romain. «Nous sommes au bord du gouffre», admettait, angoissé, à quelques heures du vote le communiste Giovanni Russo Spena tandis que le responsable de la Marguerite (centre gauche catholique) Dario Franceschini invitait lui aussi à la prudence: «Quand l'écart est aussi réduit, un incident peut toujours arriver.» D'autant qu'en 1998, à l'occasion de sa première expérience gouvernementale, Romano Prodi avait été poussé vers la sortie après avoir été mis en minorité pour une seule voix seulement.

Dans l'après-midi, la majorité de centre gauche s'est une nouvelle fois divisée sur le Dico, le pacs à l'italienne. Alors que Romano Prodi estime que les «unions de faits» ne font plus partie des priorités du gouvernement, les partis laïcs exigeaient qu'il évoque la question lors de sa réponse aux sénateurs. A l'inverse, certains élus catholiques menaçaient de voter non si le chef du gouvernement démissionnaire relançait le projet de loi. Sur le fil du rasoir, Romano Prodi a finalement parlé du Dico pour indiquer que le projet de loi était déjà en examen au parlement, après avoir été présenté par le gouvernement.

«Nous avons achevé notre mission, a alors expliqué le Professore. Chaque parlementaire se prononcera désormais en son âme et conscience.» «Tout est bien qui finit bien», a conclu le ministre (centre catholique) de la Justice, Clemente Mastella. L'ancien président du Conseil et sénateur à vie Giulio Andreotti, qui au printemps dernier, avait voté la confiance à Romano Prodi a cette fois préféré ne pas prendre part au scrutin en expliquant: «Le Dico n'est pas l'une des réformes dont le pays a besoin.»

Au bout du compte, les deux communistes dissidents Fernando Rossi et Franco Turigliatto, qui, la semaine dernière, avaient provoqué la crise en refusant d'approuver la politique étrangère du gouvernement, ont cette fois apporté leur soutien à Romano Prodi. Quatre des sept sénateurs à vie ont également voté la confiance. Parmi eux, le Prix Nobel Rita Levi Montalcini, âgée de 97 ans, qui est rentrée précipitamment de Dubaï pour éviter la chute du gouvernement. Comme l'avait souhaité le chef de l'Etat Giorgio Napolitano, Prodi dispose néanmoins d'une majorité (158 voix) même sans l'apport des sénateurs à vie.

Ouverture au centre

L'ancien vice-président (centre catholique) du Conseil de Silvio Berlusconi, Marco Follini, élu l'an passé dans les rangs de la droite, a également voté la confiance en expliquant: «Le pays a besoin d'un autre équilibre.» Et d'ajouter, «entre la droite et la gauche il y aujourd'hui un mur, il faut bâtir un pont». Depuis quelques jours, Romano Prodi s'emploie d'ailleurs à courtiser une partie du centre droit pour tenter de desserrer l'étreinte de la gauche radicale. Il a ainsi proposé à l'opposition de collaborer pour approuver la réforme de la loi électorale, jugée en partie responsable de l'instabilité politique actuelle.

Pour Romano Prodi, l'ouverture au centre est d'autant plus nécessaire que Franco Turigliatto a déjà annoncé qu'il continuera à ne pas approuver certains projets du gouvernement: «Je vote aujourd'hui la confiance, a-t-il mis en garde, mais je n'approuverai pas le refinancement de la mission militaire en Afghanistan, le projet de ligne TGV Lyon-Turin ou encore le projet de réforme des retraites.»