Aller au contenu principal
Le Sénat débat, le 8 août 2018 à Buenos Aires.
© Patricio Murphy

Droits des femmes

Le Sénat argentin rejette la légalisation de l'avortement

La décision, très attendue, est tombée ce matin: la légalisation de l’avortement a été rejetée par les sénateurs argentins, mettant un terme aux espoirs des organisations féministes

Les sénateurs argentins ont rejeté jeudi la légalisation de l’avortement dans le pays du pape François. Les élus ont ainsi mis un terme aux espoirs des organisations féministes, alors que le projet de loi avait été approuvé par les députés en juin.

Le projet de loi a été rejeté par le Sénat par 38 voix contre 31. Le texte introduisait un droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu’à la quatorzième semaine de grossesse. La loi argentine n’autorise que les avortements en cas de viol ou si la santé de la mère est menacée.

Le 14 juin, à la chambre des députés le texte avait été adopté de justesse par 129 voix pour, et 125 contre.

Bandanas bleus contre verts

Le vote a été accueilli par des feux d’artifice et des cris de joie parmi les militants anti-IVG. Des familles et des membres du clergé en bandanas bleu pâle s’étaient rassemblés devant le bâtiment du Parlement, brandissant des drapeaux argentins pour soutenir l’Eglise catholique, qui est contre l’avortement, dans le pays de naissance du pape François.

«Ce vote a montré que l’Argentine est toujours un pays qui représente les valeurs de la famille», déclare Victoria Osuna, une militante anti-avortement de 32 ans.

Les défenseurs du droit à l’avortement, arborant eux des bandanas verts devenus symboles de leur mouvement, ont envahi les rues de la capitale jusqu’au bout, malgré la pluie et le vent. Ils ont dansé au son des tambours. Beaucoup campaient devant le Parlement depuis mercredi soir.

«Je reste optimiste. Ça n’a pas été voté aujourd’hui, mais ce sera voté demain (...)», commente Natalia Carol, 23 ans, qui soutien le droit à l’avortement. «Ce n’est pas fini.»

«On va y arriver»

Des incidents isolés ont éclaté après l’annonce des résultats du vote. Sur la place du Congrès, les mines des militants pro-IVG étaient dépitées, les larmes coulaient sur les visages des partisans de la légalisation de l’avortement.

Déçue, Camila Sforza, 21 ans, tentait de faire contre mauvaise fortune bon coeur: «Cela ne fait que commencer. Tout ce mouvement va continuer jusqu’à obtenir l’Interruption volontaire de grossesse. Cette question est dans tous les esprits, on va y arriver».

Ces deux dernières années, les mouvements féministes avaient donné un élan considérable à la revendication du droit à l’avortement en Argentine, conduisant le président argentin de centre-droit Mauricio Macri à ouvrir le débat au parlement, pour la première fois de l’histoire du pays sud-américain. Il est pourtant opposé à l’IVG.

500 000 avortements pratiqués malgré tout 

D’après les estimations, 500 000 avortements sont pratiqués chaque année en Argentine, dans des cliniques privées ou dans des conditions d’hygiène très précaires selon la situation écononomique.

L’Uruguay et Cuba sont les seuls pays d’Amérique latine à autoriser largement l’avortement. Au Brésil, la Cour suprême doit se prononcer sur la constitutionnalité de la loi, qui permet de mettre fin aux grossesses uniquement en cas de viol, de déformation du fœtus ou lorsque la vie de la mère est en danger.

17 heures de débat

Le Sénat est plus conservateur que la chambre des députés, car chacune des 24 provinces dispose de trois représentants quel que soit son poids démographique. La capitale et la province de Buenos Aires, plus favorables à l’IVG, y sont sous-représentées alors qu’elles abritent plus du tiers de la population du pays.

Le débat parlementaire a duré plus de 17 heures, de mercredi 09h30 jusqu’au vote jeudi peu avant 03h00 (08h00 en Suisse). Le «non» l’ayant emporté, il faudra probablement attendre 2020 avant que la question de l’avortement puisse de nouveau être examinée par le parlement.

Le député de la coalition gouvernementale Cambiemos (Changeons) Daniel Lipovetzky, évoque la possibilité de convoquer un référendum. «Quand les députés pensent d’une manière et les sénateurs d’une autre. Cela mérite peut-être un système de démocratie directe. C’est possible qu’on le propose».

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a