France

Le Sénat français, un bastion pour les «Macron-sceptiques»

La moitié de la chambre haute française sera renouvelée ce dimanche 24 septembre. Dans cette assemblée d’élus locaux, les restrictions budgétaires annoncées du nouveau quinquennat passent mal

La coïncidence en dit long sur le nouveau paysage politique français. Alors que la moitié du Sénat – soit 171 sénateurs – doit être renouvelée ce dimanche au suffrage indirect (le corps électoral est composé d’environ 75 000 grands électeurs, tous déjà élus), les députés pro-Macron de La République en marche (LREM) achèvent ce mardi leur premier séminaire de rentrée pour «apprendre à se connaître».

Les élections législatives des 11 et 18 juin ont accouché d’une majorité absolue de 313 députés LREM sur 577 sièges. L’horizon est donc dégagé de ce côté-là du parlement français. La chambre haute, en revanche, pourrait bien tirer le premier signal d’alarme politique du quinquennat: 29 sénateurs seulement ont rejoint le mouvement pro-Macron depuis l’élection présidentielle et les sondages estiment qu’une dizaine de sièges seulement pourraient venir, dimanche, étoffer ce groupe présidé par le sénateur de la Côte-d’Or François Patriat (ex-PS).

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La raison de cette désaffection sénatoriale est révélatrice des nouvelles fractures françaises. Lorsque les candidats à la députation se sont présentés devant les électeurs, à la mi-juin, Emmanuel Macron venait de s’installer à l’Elysée. La logique présidentielle de la Ve République a joué à plein, propulsant dans l’hémicycle plus de 70% de nouveaux élus, avec deux clairs vainqueurs: LREM et le MoDem, le parti centriste de François Bayrou, désormais fort de 47 députés… contre 31 pour le Parti socialiste, qui détenait la majorité sous le quinquennat précédent.

Le Sénat est une assemblée pragmatique qui ne se sent pas inféodée à l’exécutif

Dans le cas du Sénat, en revanche, tout est plus compliqué. 1996 candidats se disputent les 171 sièges en lice. Beaucoup sont des élus locaux, qui comptent sur leur entregent et leur réseau pour accéder au Palais du Luxembourg où la majorité est détenue par la droite (184 sénateurs sur 348 sièges).

La donne est par conséquent très différente, d’autant plus que les mœurs de cette institution – qui peut compliquer l’adoption des lois sans l’empêcher, mais dont la composition est décisive pour obtenir la majorité des 3/5es au parlement requise pour les modifications constitutionnelles – ne sont pas celles du Palais Bourbon: «Le Sénat est une assemblée pragmatique qui ne se sent pas inféodée à l’exécutif, au contraire, reconnaissait récemment son président Les Républicains (droite) Gérard Larcher. C’est peut-être d’ailleurs pour cela que les Français lui sont attachés.»

Des projets de loi qui fâchent

Un autre orage est venu, depuis le début du quinquennat Macron, assombrir le ciel au-dessus de la chambre haute: celui du projet de loi sur la moralisation de la vie publique, et des coupes budgétaires annoncées dans le budget des collectivités locales. Les sénateurs n’ont guère apprécié de voir l’exécutif proposer de supprimer la «réserve parlementaire» (147 millions d’euros en 2016) qui permettait à chaque élu de la nation de distribuer quelques subventions. Ils l’ont donc rétablie lorsqu’ils ont examiné le texte, avant que les députés ne votent sa suppression.

Et voilà qu’Emmanuel Macron a, en plus, réitéré sa volonté de réduire le nombre d’élus locaux en France (plus de 600 000 au total) et de réaliser 13 milliards d’euros d’économies au niveau des régions, départements, communautés d’agglomérations et mairies d’ici à 2022. Du jamais-vu!

Obstacle pour les uns, opportunité pour les autres

Le débat, sur le terrain, s’en est ressenti. «Demander aux élus de voter pour moi alors que je ne peux plus leur promettre de défendre leur budget s’est avéré un casse-tête. J’ai préféré renoncer», explique un ex-candidat aux sénatoriales pour En marche. A l’inverse, le tribun de La France insoumise (gauche radicale) Jean-Luc Mélenchon, qui fut longtemps sénateur de l’Essonne, espère faire avancer au Sénat ce front du refus face au «coup d’Etat social», contre lequel il appelle à manifester samedi 23 septembre, veille du scrutin.

Le maillage électoral de la droite et du Parti socialiste, qui tiennent la majorité des collectivités locales, devrait leur profiter. «Il y a toujours une colère dans le pays, assure au Temps l’ex-candidat à la présidentielle François Asselineau. Notre parti, l’UPR (partisan de la sortie de la France de l’UE), n’a pas présenté de candidats au Sénat car le mode du scrutin ne nous convient pas, mais je sens la dynamique Macron se fissurer grave. Le Sénat sera la première fêlure.»

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