États-Unis

Ces sénateurs républicains qui résistent à Donald Trump

John McCain, Rand Paul ou encore Lindsay Graham font partie de ceux qui se disent prêts à bloquer des projets de Donald Trump au Sénat. La Chambre haute du Congrès est restée en mains des républicains, mais à quelques voix près

Ils sont une poignée d’irréductibles, bien décidés à s’opposer à Donald Trump. Plusieurs sénateurs républicains influents laissent entendre qu’ils pourraient barrer la route au président élu sur des sujets précis. Et comme le Sénat aurait pu tomber dans le camp démocrate à trois voix près – un tiers des sièges étaient remis en jeu le 8 novembre –, leur pouvoir n’est pas anodin. Tensions et jeux de pouvoir à l’horizon.

Si les démocrates font bloc, leurs votes pourraient se révéler déterminants s’agissant de certaines nominations contestées que le Sénat doit avaliser. Ou des projets comme la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique. Qui sont-ils? Parmi ces potentiels frondeurs capables de renverser la vapeur (dont certains ont fini par voter en faveur de Donald Trump), figurent le sénateur du Kentucky, Rand Paul, ou Ted Cruz, du Texas, qui tous deux étaient les adversaires du milliardaire new-yorkais pour les primaires, et en gardent une certaine amertume. Mais d’autres noms émergent: John McCain, Lindsay Graham, Marco Rubio, Susan Collins ou encore Lisa Murkowski, pour ne citer qu’eux.

«Plus jamais ça!»

Pas plus tard que samedi, John McCain a dénoncé avec vigueur les déclarations ambiguës de Donald Trump sur la torture, dont la pratique du «waterboarding» ou simulacre de noyade. Cette technique a été interdite sous la présidence de Barack Obama. Elle avait été réintroduite par George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, avant d’être abandonnée par la CIA en 2007. Pendant sa campagne, Donald Trump a déclaré que tous les moyens étaient bons pour faire parler des terroristes présumés, «y compris le waterboarding et même des méthodes bien plus fortes». Mike Pompeo, choisi par le président élu pour diriger la CIA, avait tenu des propos similaires devant une commission du Sénat il y a deux ans, soulignant que les personnes qui pratiquaient le waterboarding étaient des «patriotes, pas des tortionnaires».

Des propos qui ont outré John McCain. Fait prisonnier pendant la guerre du Vietnam, il a lui-même été victime de torture. Lors d’un colloque sur la sécurité samedi, il a été très clair: «S’ils veulent recommencer avec le waterboarding, je vous jure qu’une grande partie d’entre nous les portera devant la justice à New York à la minute!» Puis: «Je me fous de ce que le président des Etats-Unis veut faire ou de quiconque d’autre veut faire. Il n’y aura pas de waterboarding. Nous ne torturerons pas des gens. Cela ne marche pas. Plus jamais ça!». Depuis, Donald Trump semble avoir un peu revu sa position. Mardi, il a déclaré au «New York Times» avoir été impressionné par le général à la retraite James Mattis qu’il envisage de nommer au Pentagone, pour qui «un paquet de cigarettes et deux bières» suffisent pour obtenir des confessions.

Contre la nomination de John Bolton

Le libertarien Rand Paul, lui, a fait savoir qu’il s’opposerait aux nominations de Rudy Giuliani, ex-maire de New York, et surtout de l’ancien ambassadeur aux Nations unies, John Bolton, fervent partisan de l’intervention en Irak en 2003, s’ils étaient choisis comme secrétaire d’Etat. Ce poste soulève de nombreuses spéculations. Donald Trump semblerait désormais plutôt privilégier Mitt Romney, républicain plus modéré, qui a été l’une des principales voix du mouvement «Never Trump».

Lindsay Graham, sénateur de Caroline du Sud, a, de son côté, déclaré qu’il pourrait s’opposer à Donald Trump à propos de la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique. Il s’est également prononcé contre l’expulsion de migrants mineurs en situation illégale, et désapprouve le rapprochement amorcé avec Vladimir Poutine.

Certains sont rentrés dans les rangs

Les républicains peuvent se targuer de détenir pour la première fois depuis 1928 à la fois la Maison-Blanche, la majorité au Sénat et à la Chambre des représentants. Si ces quelques voix dissidentes peuvent représenter un réel pouvoir d’obstruction – les républicains sont aujourd’hui majoritaires au Sénat à 52 contre 48 –, des votes de bascule existent aussi du côté des démocrates. Par ailleurs, pour la plupart des lois, une majorité de 60 voix sur 100 est requise.

Les républicains sont sortis divisés de cette campagne atypique, où Donald Trump s’est distingué par ses dérapages. D’importants donateurs l’ont lâché en cours de route et Paul Ryan, président de la Chambre des représentants, avait décidé de ne plus faire officiellement campagne pour lui. Depuis, le speaker lui a déroulé le tapis rouge au Capitole, ravi de ne pas avoir perdu la majorité républicaine au Congrès.

D’autres frondeurs sont rentrés dans les rangs. Ils se rappellent sans doute que les deux seuls sénateurs républicains qui n’ont pas été réélus, Mark Kirk (Illinois) et Kelly Ayotte (New Hampshire), s’étaient élevés contre Donald Trump.

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