La majorité de droite au Sénat est sortie renforcée dimanche des sénatoriales, marquées par un très fort renouvellement des élus et un premier revers pour La République en marche (LREM) d’Emmanuel Macron, très loin de ses objectifs initiaux. Le Parti socialiste (PS) a plutôt bien résisté après ses cuisantes défaites à la présidentielle et aux législatives de juin et le Parti communiste français (PCF), qui semblait menacé, est en mesure de conserver son groupe à la Haute Assemblée. A l’issue de ce scrutin, 102 nouveaux élus sur les 171 renouvelables devraient faire leur entrée début octobre au Palais du Luxembourg.

«Les grands électeurs ont conforté la majorité sénatoriale», a salué le président du Sénat Gérard Larcher (Les Républicains, LR), promettant «une majorité exigeante et positive». Principale bénéficiaire du scrutin, la droite compte désormais 159 sénateurs, soit 17 de plus que dans le Sénat sortant, selon des sources concordantes. L’UDI en compte 50 (+8) et quatre non inscrits portent la majorité sénatoriale à 213 élus de la droite et du centre. Candidat à la présidence du parti LR, Laurent Wauquiez s’est félicité de ce «premier avertissement pour un président coupé de nos territoires».

Un «décalage entre le Sénat et les citoyens»

Les socialistes limitent les dégâts et reviendront à 81 au Sénat (-5), avec un groupe plus de deux fois plus large que celui de leurs collègues députés. Avec 12 élus, les communistes perdent 6 sièges et les radicaux du RDSE en perdent 4 avec 12 élus également. Les écologistes n’ont plus que 4 élus.

LREM perd un siège avec 28 élus. «Nous allons travailler à construire des majorités d’idées en rassemblant le plus possible de sénateurs autour des réformes que nous portons pour transformer notre pays», a réagi le parti du président. Si Emmanuel Macron s’est gardé de commenter les résultats, son entourage a jugé auprès de l’AFP que le résultat était «sans surprise» et «la conséquence arithmétique des élections de 2014 et 2015». «Nous aurons aimé faire mieux», a concédé le président du groupe LREM au Sénat, François Patriat, en assurant que son groupe allait discuter «avec les centristes, les RDSE (à majorité radicaux de gauche), les socialistes et les Républicains».

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Au PS, l’heure est au soulagement. «Ce soir, le PS est au Sénat la première force d’opposition de gauche», s’est félicité le député Luc Carvounas pour qui le scrutin marque aussi «le retour du clivage gauche-droite». Le FN ne remporte aucun nouveau siège mais enregistre une «vraie augmentation en voix», a analysé sa présidente Marine Le Pen.

«Le résultat atteste du décalage total et caricatural entre le Sénat et les citoyens», a ironisé le député de La France insoumise, Alexis Corbière. Le collège de 76 359 grands électeurs issus largement des municipales de 2014 remportées par la droite, plaçait de fait LR et les centristes en position de force. Mais LREM d’Emmanuel Macron semble payer les premières difficultés du quinquennat et l’inquiétude des élus confrontés aux décisions du gouvernement impactant les finances des collectivités territoriales.

L’heure des tractations entre les groupes parlementaires

Le Sénat reprendra ses travaux le 2 octobre, avec l’élection de son président, qui sera sans surprise le sortant, Gérard Larcher. Le nombre de groupes parlementaires – six – pourrait évoluer en fonction des tractations entre élus. Des sénateurs LR ont déjà déposé les statuts d’une association, première étape vers la constitution d’un groupe de «Constructifs» à l’image de celui créé à l’Assemblée. A gauche, une scission du groupe socialiste entre pro-Macron et ceux qui refusent tout alignement est évoquée.

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Autre enjeu du scrutin: le chef de l’Etat a besoin, in fine, d’une majorité des 3/5e du parlement réuni en Congrès pour faire adopter ses réformes constitutionnelles. Les macronistes vont désormais tenter un rapprochement avec des élus centristes, radicaux, socialistes ou LR «Constructifs», en créant éventuellement un intergroupe.