«Nous sommes prêts à jouer un rôle à la hauteur de notre statut»: Choi Jai-chul, principal négociateur de la Corée du Sud à la Conférence des Nations unies sur le climat à Bali, l'affirme avec assurance. Diplomate longtemps en poste à Paris et aujourd'hui directeur de la cellule «climat» au Ministère des affaires étrangères, il sait que son pays, comme la Chine ou l'Inde, est au centre de la négociation destinée à donner un cadre mondial à la lutte contre le réchauffement climatique à partir de 2013. L'enjeu est en effet d'amener ceux qui s'exonèrent de tout objectif contraignant à accepter une discipline voisine de celle que se sont imposée la plupart des pays industrialisés avec le Protocole de Kyoto.

La pression est d'autant plus forte sur la Corée du Sud qu'elle a rejoint, en 1996, le club des plus riches en adhérant à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Douzième puissance mondiale avec un revenu par habitant proche de celui du Portugal, elle est aussi le 9e émetteur de gaz à effet de serre. Mais sa politique énergétique la classe parmi les cancres, avec une intensité d'émissions de CO2 de 0,51 tonne pour 1000 dollars de richesse produite, soit à peine moins que les Etats-Unis.

La main tendue de Choi Jai-chul ne signifie pas pour autant que Séoul acceptera n'importe quel agenda. «Nous allons établir notre propre plan, car il n'est pas réaliste de nous demander d'emprunter la même voie que les vieux pays industrialisés», précise-t-il. Comme les nouveaux acteurs de l'économie mondiale, Séoul récuse l'idée que 1990 puisse servir de date de référence pour évaluer les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Park Young-woo, président du Business Institute for Sustainable Development, parle tout aussi franchement: «Autant nous demander de signer pour la récession!»

Aux côtés de l'Australie, de la Chine, des Etats-Unis, de l'Inde et du Japon, la Corée du Sud est membre, depuis janvier 2006, du Partenariat Asie-Pacifique sur le climat et le développement propre, lancé pour défendre l'idée d'une solution technologique au réchauffement. «Si des pays se mettent ensemble et travaillent dur, nous pouvons développer à temps les bonnes technologies pour limiter la hausse des températures», soutient Park Young-woo, en ajoutant que son pays s'est d'ores et déjà engagé à améliorer son efficacité énergétique de 40% d'ici à 2030.

A quelques jours de l'élection présidentielle du 19 décembre, le changement climatique a été quasiment absent de la campagne. Ce en dépit de l'interpellation des ONG qui ont décerné la médaille d'or de la catastrophe climatique au président sortant, Roh Moo-hyun. Pourtant, l'impact du réchauffement est déjà perceptible. Dans les scénarios du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la Corée du Sud est classée parmi les pays les plus vulnérables. «La hausse moyenne des températures au cours des cent dernières années a été deux fois supérieure à la moyenne mondiale», constate Yun Won-tae, directeur de la prévision à l'Institut de météorologie. Modification du régime des vents, pluies violentes en forte hausse... Si la tendance se poursuit, le climat subtropical localisé sur la pointe sud de la péninsule s'étendra à la moitié du pays en 2070. Déjà, l'aire de culture du thé, par exemple, a gagné vers le nord. En mer, les pêcheurs constatent la disparition du lieu et du cabillaud. A la place, venus d'Australie, calamars et raies s'installent.

«Jusqu'à présent, nous gérons cette évolution en créant sous la mer des habitats proches de leurs milieux d'origine pour permettre à ces espèces de se fixer. Mais l'adaptation a ses limites», explique le Centre de recherche maritime de Namahae, sur la côte sud.

Au Korea Environment Institute, principal centre de recherche du pays, Han Wha-jin mène, depuis trois ans, une vaste étude sur les conséquences du réchauffement au cours des prochaines décennies. Elle pointe les risques accrus d'inondation, le bouleversement de la carte agricole, l'augmentation probable des maladies respiratoires liées à la pollution. «Les élus locaux commencent à peine à s'intéresser au sujet et les plans de développement durable n'apportent, jusqu'à présent, pas de réponses à grande échelle pour lutter contre le phénomène», constate-t-elle à regret.

Ce sera peut-être chose faite en... 2012. En décrochant l'Exposition internationale pour la ville de Yeosu, la Corée du Sud s'est engagée à présenter d'ici à quatre ans la plus belle vitrine des technologies respectueuses de l'environnement.Le Monde