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Un enfant hondurien à la frontière à McAllen, Texas, le 12 juin 2018.
© John Moore

migrants

Séparations de familles et volte-face de Donald Trump: ce qu’il faut retenir

Rattrapé par le scandale qu’il a déclenché, Donald Trump fait marche arrière et met fin aux séparations de familles de migrants arrivés illégalement aux Etats-Unis. Mais placer des mineurs en prison avec leurs parents va déclencher une nouvelle polémique

Qui a déclaré: «Nous voulons que les familles restent ensemble. C’est très important»? Donald Trump. Le débat sur la séparation des familles de clandestins à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique s’est enflammé ces derniers jours. Il est porté par des images d’enfants toujours plus jeunes, traumatisés, perdus, hagards, qui cherchent leurs parents. Certains sont blottis sous des couvertures de survie, d’autres parqués derrière des grillages. Face au déluge de critiques, le président américain a opéré mercredi un virage radical et a annoncé mettre fin à ces séparations qui ont choqué le monde. Comment? En ordonnant la détention de familles ensemble, durant une période illimitée. Jusqu’ici les mineurs ne pouvaient être emprisonnés que pendant vingt jours au maximum. Voici ce qu’il faut retenir de cette volte-face, en quelques points.

Lire aussi: Les médias interloqués par la séparation de familles de migrants aux Etats-Unis

■ De qui parle-t-on?

Entre le 5 mai et le 9 juin, plus de 2300 enfants ont déjà été séparés de leurs parents arrêtés après avoir franchi la frontière illégalement, selon les chiffres fournis par le gouvernement fédéral. Il s’agit essentiellement de familles d’Amérique centrale (Honduras, Guatemala, Salvador) venues tenter leur chance aux Etats-Unis depuis le Mexique.

■ Pourquoi ces séparations?

Les séparations s’inscrivent dans le cadre d’une nouvelle politique de «tolérance zéro», pratiquée depuis avril. De tels drames familiaux ont déjà eu lieu sous les administrations Bush et Obama. Mais ces pratiques faisaient office d’exception. Trump, lui, a franchi un seuil en décidant de poursuivre systématiquement, sur le plan pénal, tous les étrangers entrés illégalement sur sol américain. C’est ce qui, par ricochet, a conduit au retrait de leurs enfants. Une situation qualifiée de «brutale» et de «choquante» par Lee Gelernt, spécialiste de l’immigration au sein du puissant American Civil Liberties Union (ACLU).

Donald Trump comptait, par ce biais, faire pression sur le Congrès pour qu’il adopte enfin une loi sur l’immigration, avec des points sensibles comme le financement du mur avec le Mexique ou la suppression du statut des Dreamers, ces jeunes clandestins arrivés mineurs aux Etats-Unis et auxquels Barack Obama accordait une protection. Mais le déluge de critiques l’a contraint à faire marche arrière. En éteignant un scandale qui a choqué dans ses propres rangs, Donald Trump risque toutefois d’allumer une nouvelle polémique: les enfants n’ont pas leur place en prison. Dans son nouveau décret, il évoque notamment la mise à disposition de sites militaires pour la prise en charge de ces familles.

Notre éditorial du 20 juin 2018: Donald Trump, le saccage continue

■ Où sont gardés les enfants?

Qui dit débat émotionnel dit aussi manipulations et exagérations. Beaucoup de ce qui se passe à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique évolue dans une zone grise et échappe aux médias. Des photos d’enfants en cage? A y voir de plus près, certaines images ont été prises dans le cadre de manifestations pour dénoncer la politique de tolérance zéro de Donald Trump, où de fausses cages ont été présentées. Mais des enfants privés de leurs familles ont bien été placés dans des campements de fortune, parfois séparés les uns des autres par des grillages ou mis sous des tentes. Il existe une centaine de structures pour mineurs, répartis dans 17 Etats, précise le média NPR.

Les enfants sont parfois envoyés à des milliers de kilomètres de leurs parents. Mercredi, la chaîne télévisée New York 1 a diffusé des images de cinq enfants menés «incognito» dans un centre d’accueil du quartier new-yorkais de Harlem. Selon l’auteur du reportage, les fillettes ont été séparées de leurs parents à la frontière mexicaine. Le gouverneur Andrew Cuomo, un démocrate, vient d’annoncer qu’il comptait attaquer l’administration Trump en justice. «Nous avons maintenant connaissance de plus de 70 enfants placés dans des centres fédéraux de l’Etat de New York et l’on s’attend à ce que ce nombre augmente puisque d’autres centres ont été contactés», indique-t-il dans un communiqué. Et cela n’est valable que pour l’Etat de New York. Ce nouveau tour de vis a eu pour effet de multiplier les procédures devant les tribunaux. Selon plusieurs ONG qui travaillent avec les clandestins, la réunification des parents et de leurs enfants s’avèrent parfois difficiles. Il arrive que des parents soient expulsés dans leur pays d’origine alors que leurs jeunes enfants se trouvent encore sur sol américain.

■ Qui s’oppose à Donald Trump?

Même dans les rangs des soutiens traditionnels de Donald Trump, des lézardes sont apparues, alors que de cruciales élections de mi-mandat se tiendront en novembre. Au Congrès, plusieurs républicains emmenés par le sénateur Orrin Hatch (Utah) se sont fendus d’une lettre ouverte pour lui demander de renoncer à la pratique alors que les élus sont censés se prononcer une nouvelle fois, ce jeudi, sur la réforme de l’immigration qui patine depuis des mois. Le sénateur texan Ted Cruz fait partie de ceux qui ont proposé que les familles soient détenues ensemble. Même Laura Bush a parlé de politique «immorale» et «cruelle» dans une Opinion publiée dans le Washington Post. La fille du président, Ivanka, lui aurait aussi demandé de faire marche arrière, relève Politico. Et Melania Trump est elle-même sortie du bois, en soulignant, par le biais de sa directrice de communication, que les Etats-Unis devaient être un «pays qui gouverne avec le cœur». Elle a appelé à un accord bipartisan au Congrès sur les lois sur l’immigration. Choquée, la Britannique Theresa May a rappelé de son côté avoir mis fin aux détentions de familles avec enfants lorsqu’elle était ministre de l’Intérieur. Elle compte aborder ce thème avec le président américain lorsque celui-ci se rendra au Royaume-Uni le 13 juillet. D’ici là, beaucoup de drames risquent encore de se produire à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique.

Notre reportage: Au pied du mur, une série de reportages à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique

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