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Le séparatisme pro-russe plombe l’économie

Les entrepreneurs de la région de Lougansk tentent d’établir un dialogue avec les nouvelles autorités séparatistes. Mais ces derniers sont surtout intéressés par la collecte de taxes

En Ukraine, le séparatisme pro-russe plombe l’économie

Europe Les entrepreneurs tentent un dialogue avec les autorités autoproclamées, plutôt enclines à prélever des taxes

Dans l’est de l’Ukraine, les entrepreneurs voient rouge. Les dirigeants séparatistes des régions de Lougansk et de Donetsk ont décrété la loi martiale en début de semaine. En face, le gouvernement de Kiev redouble son «opération antiterroriste». «60% des entreprises industrielles ont cessé leur activité à cause des opérations militaires», a reconnu mercredi Sergueï Kapline, qui dirige le comité pour la sécurité au parlement ukrainien.

La situation est particulièrement critique pour les entreprises de Lougansk en raison des problèmes logistiques. «Notre région est un cul-de-sac, il n’y a pas de transit», explique Nikolaï Zelenets, PDG et propriétaire de Nabat, une entreprise de 220 employés produisant du matériel anti-incendie. «Nous ne recevons plus certains plastiques nécessaires pour notre production, et nous ne pouvons plus livrer nos clients hors de la ville, déplore-il. Beaucoup de mes clients n’ont plus d’argent, les autres remettent les investissements à plus tard.»

Table ronde à Lougansk

Sachant que depuis plusieurs ­semaines, ce sont les séparatistes armés qui contrôlent la ville de Lougansk, des associations d’entrepreneurs ont décidé d’organiser le 22 mai une table ronde pour faire remonter leurs doléances aux nouvelles autorités. Valeri Bolotov, autoproclamé «gouverneur du peuple de Lougansk» s’y est rendu dans son inséparable tenue de camouflage. Son message d’une concision toute militaire fut d’assurer qu’il rétablirait la sécurité, qu’il était prêt au dialogue avec les milieux d’affaires et, surtout, qu’il priait ces derniers de verser leurs taxes non pas à Kiev, mais à Lougansk. «Le problème, c’est qu’il n’existe actuellement aucun mécanisme pour collecter localement les taxes», note Nikolaï Zelenets, qui était l’un des organisateurs de la table ronde. «Il me semble clair que nos problèmes n’intéressent personne. Les enjeux du conflit vont bien au-delà du business», commente l’homme d’affaires, qui a cependant mis en place un «centre d’appel de crise» pour les entrepreneurs faisant face à des attaques, des tentatives d’extorsion ou dont les camions sont bloqués aux postes de contrôle érigés sur les routes par les séparatistes. «Il fonctionne depuis trois jours. Les problèmes sont transmis au QG de Bolotov. Mais je dois admettre que cela ne débouche sur rien pour l’instant.»

Certains entrepreneurs éprouvent une hostilité compréhensible envers la rébellion séparatiste, qui a saisi le pouvoir par la force des kalachnikovs. Les slogans mélangeant anticapitalisme, nostalgie de l’URSS et nationalisme russe en hérissent plus d’un. Nikolaï Zelenets n’a pas de mots assez durs pour l’opération antiterroriste menée par Kiev, mais d’un autre côté, il admet que la «République populaire de Lougansk» «nous mène droit à la catastrophe. Elle ne sera jamais reconnue. L’argent va s’enfuir. Adieu les investissements. C’est inéluctable. En plus, notre région est sous perfusion budgétaire.»

D’autres font un amalgame entre séparatistes et banditisme. «Des hommes armés en camouflage ont débarqué dans un de mes magasins en exigeant un impôt», témoigne un homme d’affaires local tenant à rester anonyme. Les représentants séparatistes de Lougansk et Donetsk nient être derrière ces tentatives d’extorsion et promettent de lutter contre leurs auteurs. Selon Nikolaï Zelenets, «les cibles d’attaques sont les hommes d’affaires qui se sont enrichis malhonnêtement. Par conséquent, je ne pense pas qu’on viendra nationaliser mon entreprise.» Cette menace a été brandie à la mi-mai contre le milliardaire Rinat Akhmetov, surnommé le «propriétaire du Donbass» pour son influence démesurée sur la région. Mais voilà, l’homme le plus riche d’Ukraine a refusé de payer ses impôts à Donetsk et a appelé ses employés à résister aux séparatistes. Il s’est depuis enfui à Kiev.

Une nouvelle équipe d’observateurs de l’OSCE a été portée disparue vendredi dans la région de Lougansk. Par ailleurs, Kiev a effectué un premier paiement à la Russie pour régler sa dette gazière. (AFP)

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