Espagne

Les séparatistes catalans accusés de piratage de données 

Des affaires sont instruites par la justice madrilène concernant la consultation populaire organisée en novembre 2014 sur une éventuelle indépendance

Ce qu’on appelle le process – à savoir les efforts des nationalistes de Catalogne pour conduire leur région vers l’indépendance – est l’objet d’une offensive judiciaire sans précédent. Pas moins de cinq «affaires» sont instruites, ou sont en passe de l’être, à Madrid, aussi bien dans l’Audience nationale qu’au sein du Tribunal suprême. Toutes ces «affaires» concernent le même événement, qui remonte à un peu plus de deux ans: le 9 novembre 2014, une consultation populaire avait été organisée clandestinement dans la plupart des villes de Catalogne afin de prendre le pouls du sentiment irrédentiste et de montrer la détermination de ce mouvement.

Dès 2012, en effet, sous la houlette du chef du leader nationaliste Artur Mas, les autorités de cette région prospère multiplient les initiatives pour se séparer de l’Espagne, constatant que Madrid refuse de négocier «une plus grande souveraineté pour la Catalogne» et qu’en conséquence, le «divorce est la seule solution».

Pour Madrid, un pays indivisible

De son côté, le gouvernement espagnol estime que le process conduit à une «impasse» puisque, répète-t-il à l’envi, la Constitution stipule l’indivisibilité du pays et que si d’aventure «une des parties de la nation» souhaitait s’en aller, il faudrait l’obtention d’une large majorité au parlement national, à Madrid, chose arithmétiquement impossible.

Depuis le début, les leaders nationalistes savent que la partie est très difficile, d’autant que l’Union européenne s’oppose catégoriquement à une hypothétique indépendance de la Catalogne. Pour autant, ils ne relâchent pas leurs efforts. Quoique illégale, la «consultation populaire» du 9 novembre 2014 devait, à leurs yeux, constituer un premier pas vers cette séparation. Ce jour-là, malgré les avertissements de Madrid, des collèges et des lycées avaient été investis pour poser ces deux questions: «Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat?», et si oui, «Voulez-vous qu’il soit indépendant?.» 80% des votants avaient répondu «oui» aux deux questions, mais la participation n’avait pas dépassé 36% du collège électoral.

Amende d’un demi-million

Dimanche, les juges de l’Audience nationale, à Madrid, ont imposé une amende d’un demi-million d’euros à deux organisations indépendantistes, Omnium et l’ANC, pour avoir préalablement réalisé des enquêtes à domicile afin de connaître les préférences idéologiques de tel ou tel. En parallèle, le Parquet de l’Etat a accusé les séparatistes catalans d’avoir «illégalement» recueilli des informations fiscales de milliers de citoyens, «dans le but de préparer le terrain à une future administration catalane chargée de lever les impôts».

Pour couronner le tout, l’ex-chef de l’exécutif régional Artur Mas devra s’asseoir sur le banc des accusés la semaine prochaine: on lui reproche d’avoir «favorisé», voire «organisé en sous-main» cette consultation illégale. Son ancien «numéro deux» Frances Homs va aussi d’ici peu connaître le même sort. Enfin, la présidente du parlement autonome à Barcelone, Carmen Forcadell, fait l’objet d’une investigation pour avoir plusieurs fois désobéi au Conseil constitutionnel à Madrid.

Cette série de procès arrange le gouvernement espagnol du conservateur Mariano Rajoy qui refuse de répondre au défi séparatiste préférant que les tribunaux se chargent de le désamorcer. «Cependant, souligne le politologue Fernando Vallespin, Rajoy pratique la politique de l’autruche. Depuis des années, les indépendantistes catalans multiplient les provocations et les atteintes à la Constitution espagnole. Il faut leur répondre sur le plan politique, avec des arguments solides, et non pas sur le terrain judiciaire. Sinon, cela ne fait que renforcer leur sentiment de victimes et leur détermination.»

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