La législature du socialiste Pedro Sanchez, qui tenait sur le fil du rasoir, a pris fin. L’estocade a été portée par les sécessionnistes catalans, ses alliés parlementaires. Ceux-là mêmes qui lui avaient permis en juin 2018 d’expulser les conservateurs du pouvoir ont rompu hier la fragile alliance. Ils ont opposé un «non» à Pedro Sanchez, tout comme l’opposition de droite dans son ensemble, au moment où celui-ci présentait sa loi de finances, indispensable pour son maintien au pouvoir. Par 151 députés «pour» et 191 «contre», son budget annuel a été refusé.

Le flamboyant chef de file socialiste, secrétaire général depuis 2017, voit donc son mandat amputé. La volte-face des séparatistes catalans, une épée de Damoclès qui planait au-dessus de lui depuis l’an dernier, lui aura été fatale et l’oblige à convoquer des législatives générales anticipées. Pedro Sanchez a l’intention de réunir tout d’abord son Conseil des ministres ce vendredi, avant d’annoncer la date du scrutin.

Selon des rumeurs insistantes, celui-ci pourrait avoir lieu le 28 avril, soit un mois avant des élections groupées – européennes, municipales et générales. Et, surtout, bien avant la fin du méga-procès à Madrid contre douze prévenus séparatistes catalans, parmi lesquels d’anciens membres du gouvernement régional sécessionniste, qui encourent jusqu’à 25 ans de prison pour «rébellion» ou «sédition».

Revendication d’autodétermination

Cette actualité politique est intimement liée au déroulement de ce même procès, où, selon la plupart des analystes, est en jeu l’intégrité territoriale de l’Espagne. Les douze accusés sont jugés pour avoir violé la Constitution espagnole et forcé la partition du pays en organisant, en octobre 2017, un référendum sur l’indépendance de la Catalogne, interdit et réprimé par Madrid. Autrement dit, il leur est reproché d’avoir mis en œuvre «le principe d’autodétermination des peuples», qui, aux yeux des séparatistes, est «une raison supérieure aux exigences des institutions espagnoles».

Or, c’est cette revendication d’autodétermination, vertu cardinale de tous les dirigeants catalanistes (celle des douze prévenus comme celle de l’«exilé» Carles Puigdemont, l’ancien président catalan ayant fui en Belgique pour échapper à la justice espagnole), qui est brandie aujourd’hui pour justifier leur refus de voter la loi de finances de Pedro Sanchez.

Politique du grand écart

Depuis de longs mois, le chef du gouvernement socialiste pratiquait une politique du grand écart difficilement tenable: du haut de sa très fragile majorité (84 députés sur 350), Pedro Sanchez tenait en équilibre instable grâce au soutien de Podemos, à sa gauche, et des nationalistes basques et catalans. Afin d’amadouer ces derniers, toujours au pouvoir au niveau régional à Barcelone, il maintenait des pourparlers avec eux depuis des mois en vue d’une «résolution du conflit catalan».

«Le problème est que ce dialogue ne devait logiquement pas aboutir, souligne Jesus Maraña, du journal en ligne InfoLibre. Cela parce que, d’un côté, les séparatistes ne veulent pas renoncer à leur exigence d’autodétermination, et que, de l’autre, Pedro Sanchez ne peut l’accepter.»

Vents favorables à l’extrême droite

La fin de la législature du chef de file socialiste a deux conséquences immédiates. Sur le plan économique, tout d’abord, le blocage budgétaire n’empêche pas les «mesures sociales» de Pedro Sanchez (hausse des retraites et des salaires des fonctionnaires), mais interdit la mise en place d’impôts pour les financer (notamment sur les grandes sociétés), ce qui devrait entraîner en fin d’année un déficit de 2,5%, loin du 1,3% requis par Bruxelles.

Sur le plan politique, ensuite, le prochain scrutin d’avril devrait profiter aux trois formations de droite, dont les extrémistes de Vox, en pleine ascension. D’après l’institut Celeste-Tel, ces trois partis auraient la faveur de 51,2% des électeurs, contre 39,5% pour le ticket socialistes-Podemos. A gauche, on craint le pire. Pour la «numéro 2» de Podemos, Irene Montero, «le risque est grand que la droite et l’extrême droite profitent de ce scrutin anticipé. Plus que jamais, nous, les formations de gauche, devons nous mobiliser.»