Les séparatistes ukrainiens rêvent de nouvelles batailles

Ukraine Chars et véhicules blindés russes sont entrés sur le territoire ukrainien

Les soldats devaient remiser leur quincaillerie et leurs canons à la suite des accords de Minsk, signés le 5 septembre pour résoudre la crise ukrainienne. Mais depuis, chaque jour, tirs et bombardements de part et d’autre de la ligne de front montrent que le cessez-le-feu est resté lettre morte. Les élections législatives du 26 octobre et le simulacre de référendum organisé dans les régions sécessionnistes dimanche dernier ont consacré l’existence de deux entités distinctes. La démarcation entre ces deux territoires suit la ligne de front, qui n’a pas bougé depuis le début du mois de septembre, mais elle ne reflète pas l’équilibre des forces militaires en présence. Tous les voyants sont au rouge: les séparatistes du Donbass fourbissent leurs armes.

Le gouvernement ukrainien a choisi d’abandonner provisoirement la langue de terre contrôlée par les sécessionnistes aux confins orientaux avec la Russie. Il n’a par ailleurs d’autre choix: lors de leur offensive en août, les forces ukrainiennes ont dans un premier temps repris des territoires aux séparatistes puis ont dû se replier face aux renforts envoyés par Moscou.

Les séparatistes se sentent pousser des ailes. Forts du soutien de ­Vladimir Poutine, ils envisagent de nouvelles conquêtes territoriales. Alexandre Zakhartchenko, le nouvel homme fort de Donetsk, a annoncé que Marioupol, sur les bords de la mer d’Azov, serait sa prochaine cible: «Nous devons récupérer tous les territoires qui nous appartiennent, par la négociation ou autrement» a-t-il déclaré après son élection dimanche 2 novembre. L’arrivée ces dernières vingt-quatre heures de blindés en provenance de Russie montre que ces paroles ne sont pas de vaines menaces. Selon Andriï Lyssenko, porte-parole du Ministère de la défense ukrainien, «32 chars, 16 obusiers et 30 camions militaires Kamaz avec des troupes» auraient passé la frontière vendredi. En début de semaine, des journalistes ont constaté l’arrivée de plusieurs convois de dizaines de camions russes, dont certains munis de lance-roquettes multiples (GRAD). Ce soutien militaire donne aux séparatistes un pouvoir démesuré et crée un déséquilibre dangereux.

Relier Marioupol à la Crimée

Les nouveaux chefs élus à Donetsk et à Lougansk veulent reprendre les territoires qu’ils ont perdus en août: leur ancien sanctuaire de Sloviansk, les villes de la périphérie au nord de Donetsk. Ils lorgnent sur l’aéroport international de Donetsk, le plus grand de la région, d’où les combats incessants qui s’y sont déroulés ces derniers jours. Pour Oleksandr Lytvynenko, secrétaire adjoint du Conseil de sécurité nationale et de défense de l’Ukraine, «les séparatistes pourraient tenter de relier par la terre Marioupol à la Crimée». Ce corridor offrirait une continuité territoriale de la Crimée à la Russie. La porte-parole du Département d’Etat américain Jennifer Psaki a mentionné vendredi la présence de «chars de guerre, véhicules blindés et camions de transport massés à peu près à 25 km de la frontière russe», mais elle n’a en revanche pas confirmé leur entrée sur le territoire ukrainien.