C’est un Sepp Blatter tout enivré encore de sa réélection que Darius Rochebin interviewait vendredi soir sur la RTS. Et le Valaisan n’a pas fait dans la diplomatie: il a même pendant 11 bonnes minutes mitraillé impitoyablement, disant ne pas croire un instant à une coïncidence dans l’affaire qui s’est déroulée à Zurich: «Il y a des signes qui ne trompent pas: les Américains étaient candidats à la Coupe du monde de 2022 et ils ont perdu […] Si les Américains ont à faire avec des délits d’argent ou de droit commun qui concernent des citoyens nord ou sud-américains, qu’ils les arrêtent là-bas, mais pas à Zurich alors qu’il y a un congrès», déclare-t-il. Il pointe également les intérêts des Etats-Unis: «N’oublions pas qu’ils sont le sponsor numéro un du Royaume hachémite, donc de mon adversaire (le prince Ali, ndlr.), cette affaire ne sent pas bon».

Mais Sepp Blatter ne s’arrête pas là et réserve quelques autres séries de salves assassines: à l’Angleterre (qui n’a pas eu l’organisation de la coupe en 2018). A la ministre de la justice américaine, Loretta Lynch: «Je n’oserais jamais, en tant que président de la FIFA, faire des déclarations sur une autre organisation sans savoir ce qui s’y passe». Et le Valaisan de dégoupiller: «La FIFA c’est une institution, ce n’est pas une épicerie».

Cependant, c’est à l’endroit de l’UEFA que le président réélu réserve ses traits les plus meurtriers: il évoque la haine de cette UEFA qui n’a pas compris qu’en 1998 il est devenu président de la FIFA. Une UEFA qui fait la morale à tout le monde mais ne comporte pas en son sein de commission d’éthique indépendante. Une UEFA, néanmoins, avec laquelle la FIFA devra faire, comme l’UEFA devra faire avec la FIFA: «Nous ne pouvons pas vivre sans l’UEFA et l’UEFA ne peut pas vivre sans nous». Quant à Michel Platini, il assène: «Je pardonne à tout le monde, mais je n’oublie pas».

Ce samedi 30 mai, à la conférence de presse organisée après le comité exécutif, Sepp Blatter a confié avoir été affecté par les attaques dont il a été l’objet. Il a estimé qu’il restait «l’homme de la situation» et a appelé à «l’unité et la solidarité» pour «aller de l’avant». «La tempête dure encore, elle n’a pas la valeur d’un ouragan» mais «les effets sont encore là».

Pendant ce temps-là, aux Etats-Unis, autre mélodie. Prenez le New York Times: au-delà des considérations sur la survie acrobatique du président réélu, il pointe son attention sur deux personnes promises désormais à une attention mondiale: Loretta Lynch, bien sûr, la ministre de la justice américaine, dont Stéphane Bussard trace dans le Temps le portrait. Le New York Times note: «FIFA Charges Instantly Earn Loretta Lynch Global Recognition» («Les charges contre la FIFA confèrent à Loretta Lynch une reconnaissance mondiale») et effectivement, tous les grands titres de la presse mondiale se penchent désormais avec une attention redoublée sur le parcours et la personnalité de cette nouvelle dame de fer à la tête de la justice américaine.

«Nous suivrons l’argent»

Et puis, il y a le bras armé de l’enquête, promis, lui aussi, aux feux de la rampe médiatique: on parle ici de Richard Weber, le patron des investigations criminelles de la très puissante Internal Revenue Service (IRS) que les banques et les employés de banques suisses ont appris à connaître et à jauger la ténacité. «Je suis plutôt confiant dans le fait qu’il va y avoir une nouvelle vague d’inculpations» déclare-t-il et le New York Times répercute impitoyablement la clarté des intentions: «Nous croyons vraiment qu’il y a d’autres personnes et d’autres sociétés impliquées dans des actes criminels». Un Richard Weber qui martèle ne pas en vouloir au football, mais essentiellement à la corruption, dans une enquête qui a mené l’IRS de découverte en découverte: «Une chose en a amené une autre, puis une autre et encore une autre». Levier cardinal de l’enquête, Chuck Blazer, un haut responsable de l’association américaine de football qui a passé à table et décidé de coopérer avec la justice de son pays. Richard Weber souligne avec gourmandise: «L’affaire a commencé comme une banale affaire fiscale contre Blazer, mais notre rayon d’action n’est pas limité à la fiscalité. Lorsque nous sommes confrontés à une affaire de corruption internationale comme celle-là, nous utilisons notre expertise pour suivre à la trace l’argent». On ne peut être plus clair…

Comme n’est, on ne peut plus clair le soutien de Vladimir Poutine au Valaisan. Le président russe, nous apprend l’AFP, a félicité samedi Joseph Blatter et salué son «professionnalisme». «M. Poutine s’est dit certain que l’expérience, le professionnalisme et la grande autorité de M. Blatter vont lui permettre d’étendre davantage le rayonnement géographique et la popularité du football». Dès jeudi, le président russe avait considéré que cette enquête était, de la part des Etats-Unis, une «tentative évidente d’empêcher la réélection de M. Blatter». «On se souvient des pressions exercées sur (Blatter) pour empêcher la tenue de la Coupe du monde en Russie en 2018», avait-il poursuivi.

Bref, que ce soit côté américain, valaisan ou russe, personne n’est vraiment décidé à lâcher le morceau!