France

Quel sera le scénario le plus explosif de la primaire de la gauche française?

Les 7530 bureaux de vote de la primaire «citoyenne» organisée par le parti socialiste français ont ouvert ce dimanche matin à neuf heures. Retour sur les trois grandes leçons de ce scrutin et le scénario du pire

Ceux qui désirent savoir ce que les électeurs de gauche français pensent du quinquennat écoulé de François Hollande doivent encore patienter quelques heures pour obtenir un début de réponse.

C'est vers 20 heures ce soir, soit une heure après la fermeture des 7530 bureaux de vote installés dans l'Hexagone et en outre-mer, que l'on devrait connaître le résultat du premier tour de la «primaire citoyenne» organisée par le parti socialiste pour désigner son candidat à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 2017.

Sauf énorme surprise, un second tour sera ensuite organisé dimanche prochain 29 janvier pour départager les deux finalistes, a priori sélectionnés parmi les quatre principaux protagonistes socialistes de ce scrutin (Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Vincent Peillon) qui comptait au total sept candidats (s'y ajoutaient la radicale de gauche Sylvia Pinel, l'ex écolo-centriste Jean Luc Benhamias et l'ex député vert François de Rugy). Petite différence avec la primaire de la droite organisée en novembre 2016 et remportée par François Fillon, tous les électeurs inscrits pourront voter cette fois (seuls ceux inscrits au 31 décembre 2015 le pouvaient pour la droite) s'ils paient un euro (deux euros pour la droite) et signent une charte des valeurs. 

Que peut-on attendre de cette élection-sanction inédite, puisque l'actuel président de la République a décidé, le 1er décembre, de ne pas se représenter pour un second mandat ? Le Temps pointe trois enjeux cruciaux pour cette année électorale 2017 qui, après la présidentielle, verra les Français retourner aux urnes pour élire leurs députés en juin, puis peut être pour participer au référendum que plusieurs candidats (François et Fillon et Marine Le Pen) promettent d'organiser en septembre.

Le cas de figure le plus explosif

Deux indicateurs seront ce soir déterminants, outre le choix des finalistes: la participation électorale, et le score de ces derniers. Cinq ans après l'élection de l'ancien premier secrétaire du PS François Hollande (1997-2008) à l'Elysée le 6 mai 2012, le cas de figure le plus explosif pour la gauche serait une faible participation, et un score très serré entre les deux finalistes. La preuve serait alors apportée que l'hypothèse d'un candidat issu du PS ne mobilise pas au delà des sympathisants du parti, et que ce dernier est profondément divisé.

A lire aussi: Valls, Hamon, Peillon, Montebourg: le jeu de massacre du PS français

On guettera donc particulièrement ce soir le score du premier ministre sortant Manuel Valls, seul parmi les favoris socialistes à défendre le bilan économique et social du quinquennat écoulé tandis que les autres, tous anciens ministres (Hamon, Montebourg, Peillon) ont multiplié les critiques sur ce bilan qui est pourtant aussi le leur. 

Le problème de la mobilisation électorale

Du côté de la mobilisation électorale, deux chiffres permettront la comparaison. A l'automne 2011, la primaire du PS remportée par François Hollande contre Martine Aubry avait réuni, au premier tour, 2,6 millions d'électeurs. Celle de la droite, en novembre dernier, a franchi elle la barre des quatre millions. La primaire «citoyenne» doit par conséquent, ce soir, éviter de dévisser en dessous des 1,5 million de votants, Français de l'étranger y compris (ces derniers, dont les Français de Suisse, ont pu voter électroniquement s'ils s'étaient inscrits avant le 4 janvier). Une faible participation démontrerait en effet les fractures laissées à gauche par la présidence de François Hollande, et renforcerait les chances des deux autres candidats à la présidentielle issus de ce camp politique mais restés en dehors de la primaire: Jean Luc Mélenchon (gauche radicale) et Emmanuel Macron (centre). Rappel: tous les candidats de cette primaire ont promis de soutenir le vainqueur, malgré leurs divergences.

Une primaire vouée à désigner un perdant

C'est le risque qu'agitent depuis des semaines les deux candidats issus de la gauche déjà déclarés: Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Le premier, fort de 12 à 14% d'intentions de vote dans les sondages, a encore redit aujourd'hui au «Journal du dimanche» que le vainqueur de la primaire ferait mieux de se désister en sa faveur. Le second, fort de 19%, n'a pas parlé en ce sens mais paraît très difficile à rattraper par Manuel Valls, le seul candidat issu de la primaire à être proche de ses idées sur le travail et la flexibilité. Le danger, pour cette primaire, est par conséquent de désigner un «perdant» qui, en plus d'échouer à la présidentielle, divisera davantage la gauche alors que ce scrutin est supposé... l'unifier en vue de la victoire. Rappelons par ailleurs que les Verts français ont aussi leur candidat: Yannick Jadot, issu lui aussi d'une primaire. 

A lire aussi: Pour Jean-Luc Mélenchon, «Le candidat de la primaire PS ne servira à rien»

Le seul scénario qui pourrait bousculer cette hypothèse pessimiste est celui d'une forte participation électorale, et d'une nette avance du candidat en tête du premier tour ce soir. Soit un scénario «à la Fillon», pour comparer avec la primaire de la droite. L'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy jouit désormais dans son camp d'une légitimité incontestable due aux 4,4 millions d'électeurs de la primaire, et à sa nette victoire (44,1% au premier tour, 68% au second). Difficile d'imaginer pareille répétition à gauche...

Si Valls l'emporte, ce sera la preuve que...

Une victoire au premier tour de l'ancien premier ministre Manuel Valls montrerait que la ténacité paye tant ce dernier, le plus réaliste des candidats sur le plan économique et financier, est resté seul à défendre le bilan législatif des cinq années écoulées. Problème: l'intéressé, qui n'avait totalisé que 6% des voix à la primaire socialiste de 2011 autour de son créneau «social-centriste», disposera de peu de réserve de voix en vue du second tour. Il lui faut donc creuser l'écart d'emblée. Sa non qualification, en revanche, serait un échec grave qui pourrait, à 54 ans, le voir entrer ultérieurement en dissidence face à un PS français repositionné très à gauche. Sa qualification en seconde position rendrait, selon les experts, presque impossible sa victoire finale mais lui permettrait de sauver la face. 

A lire:  Manuel Valls, seul contre tous

A l'inverse, une victoire de l'ancien ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, 54 ans lui aussi, apparaîtrait logique. Dès le début du quinquennat, ce dernier, fort de 17% des voix à la primaire de l'automne 2011, a marqué sa différence, faisant du «made in France» sa principale revendication. Inspirateur et leader des «frondeurs», ces députés socialistes hostiles à la politique de François Hollande, Montebourg confirmera, s'il l'emporte, la fracture béante laissée par le quinquennat au sein de l'électorat de gauche pour lequel l'actuel président a trahi ses engagements pris notamment lors de son fameux discours de campagne au Bourget, le 22 janvier 2012, il y a pile cinq ans. 

A lire: La primaire à gauche résiste à Arnaud Montebourg

On passera sur la candidature du député européen et ex professeur à l'université de Neuchatel  Vincent Peillon, la plus consensuelle au sein du PS, mais qui ne paraît pas avoir décollé. Son succès serait surtout la preuve d'un plus petit dénominateur commun.

«L'alternative» Benoit Hamon, la principale surprise

Beaucoup plus intéressante en revanche serait une qualification pour le second tour de Benoît Hamon, 49 ans, seul candidat à avoir présenté une plate forme alternative, en proposant en particulier l'instauration d'un revenu universel d'existence d'environ 600-700 euros mensuel pour tous les français. Hamon plaide également pour une poursuite de la réduction du temps de travail, pour une taxe sur les robots intelligents, et tire les conséquences des théories sur la fin de la croissance et la raréfaction du travail salarié. Sa campagne a fait le «buzz» sur les médias sociaux. Son site internet est le plus fréquenté de tous ceux des candidats. Sa chaine You tube marche fort. Il est le candidat des jeunes qui écartent le coût de son programme (plus de 300 milliards d'euros pour le seul revenu universel). 

A lire aussi: Benoît Hamon, le candidat qui rassure les socialistes

Difficile en revanche de penser qu'un des trois autres «petits candidats» pourra se hisser en tête, mais l'on surveillera avec attention le score de Jean-Luc Benhamias, qui a fait le show durant les trois débats télévisés pré-premier tour. 

Rendez-vous à partir de 19 heures pour le commentaire des résultats sur le site du Temps.

Publicité