Boris Tadic, président serbe sortant et candidat à sa propre réélection, sait tout faire. Dans les spots télévisés de campagne, il conduit un tracteur, il grimpe, coiffé d’un casque jaune, sur un échafaudage de chantier ou inspecte une usine propre et moderne. Alors que la Serbie est durement touchée par la crise, les questions d’emploi et d’économie ont largement dominé la campagne pour la présidentielle qui se tiendra ce dimanche en Serbie. Beaucoup plus que les deux thèmes pourtant «attendus» de l’intégration européenne et du statut du Kosovo.

«Les Serbes ont envie d’entendre des propositions concrètes. Nous sommes fatigués de la rhétorique et des grands discours sur l’avenir de la nation», explique Natalia, une jeune Belgradoise qui, depuis la fin de ses études, survit en accumulant des petits boulots provisoires et qui pense quitter le pays pour pouvoir enfin mener une vie «normale». Elle-même a déjà fait son choix: dimanche, elle mettra un bulletin nul dans l’urne, «barré d’une grande croix», précise-t-elle, «pour que personne ne puisse voler mon vote».

Scrutins multiples

Les électeurs devront faire plusieurs choix, puisque sont organisées le même jour les élections municipales et législatives, en plus du premier tour de l’élection présidentielle. Les électeurs de Vojvodine doivent aussi renouveler le parlement de cette province autonome. Les élections parlementaires et locales sont des scrutins de liste, à un seul tour.

L’abstention, traditionnellement élevée en Serbie, risque d’être la réponse d’électeurs désemparés face à une offre politique pléthorique. En effet, 12 candidats sont en lice pour la présidentielle et 18 listes s’affrontent pour les parlementaires. L’hebdomadaire Vreme résumait jeudi la situation, avec ce gros titre: «50 000 candidats, et les autres citoyens ne savent pas pour qui voter». Parmi les candidats hors normes à cette élection présidentielle, Muamer Zukorlic, le mufti du Sandjak de Novi Pazar, entend défendre une «réconciliation historique» entre les Serbes, les Bosniaques et les Albanais, tout en promettant, s’il est élu, que «les investissements des pays du monde musulman afflueront en Serbie». C’est la première fois qu’un dignitaire religieux se présente à la présidence.

Cependant, Boris Tadic et la coalition dirigée par son Parti démocratique (DS) caracolent en tête des sondages, mais ils sont talonnés par le Parti progressiste serbe (SNS) de Tomislav Nikolic. Issue d’une scission du Parti radical (SRS, extrême droite nationaliste), cette formation veut offrir le visage «recentré» d’un parti conservateur et «pro-européen». Le drapeau du radicalisme serbe est désormais brandi par Jadranka Seselj, l’épouse du dirigeant historique du SRS, toujours en instance de jugement devant le TPIY de La Haye, mais les scores du parti devraient rester modestes.

Consensus sur l’intégration

En effet, longtemps ligne de clivage sur la scène politique serbe, la question de l’intégration européenne fait aujourd’hui consensus parmi tous les grands partis. Alors que la Serbie a obtenu le statut officiel de candidat au début du mois de mars, la poursuite de son «long chemin» vers l’intégration demeure pourtant très incertaine et, selon les sondages, les citoyens sont beaucoup moins enthousiastes que leurs élites.

Boris Tadic martèle son credo: intégration européenne et «défense du Kosovo», tandis que Tomislav Nikolic assure que «la Serbie ne rentrera pas dans l’UE sans le Kosovo», mais ces figures rhétoriques habituelles ne convainquent plus grand monde.

Le 6 mai, toutefois, quelque 109 000 électeurs du Kosovo inscrits sur les listes électorales serbes voteront pour les scrutins présidentiel et législatif. Un accord a été trouvé entre le gouvernement de Belgrade et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), au grand dam des autorités de Pristina, qui voient dans la tenue de ces élections sur le territoire du Kosovo une violation de leur souveraineté. Pour faire face à tout dérapage, la KFOR, la mission de l’OTAN au Kosovo, a rappelé 700 réservistes en renfort en vue du scrutin dimanche.