Alors que la guerre fait rage en Irak, la Serbie a commémoré lundi le début d'une autre guerre. Le 24 mars 1999, commençait en effet la campagne de bombardements de l'OTAN contre la Yougoslavie. Des célébrations civiles et militaires ont été organisées à travers tout le pays, alors que des offices religieux étaient célébrés dans toutes les églises orthodoxes. Le patriarche de Serbie, Mgr Pavle, a célébré l'office des morts en l'église Saint-Marc de Belgrade, à la mémoire des quelque 1200 à 2500 victimes de cette guerre, dont le nombre exact demeure d'ailleurs toujours inconnu.

Le grand quotidien Politika a profité de cet anniversaire pour publier un dossier sur les «suites dangereuses de la guerre», en rappelant que des centaines de bombes sont tombées sur la Serbie sans exploser. Elles représentent toujours un danger pour la population. Quatre ans après la guerre, sur la zone de 40 km2 concernée par ces bombes non explosées, seuls 3 km2 et demi ont été totalement nettoyés.

Sauf les Albanais

Si les septante-huit jours de bombardements de l'Alliance atlantique se sont soldés par des pertes humaines relativement limitées, le bilan des destructions matériel est par contre très élevé. Une polémique se poursuit toujours sur la réelle dangerosité à long terme des munitions à uranium appauvri qui ont été utilisées contre la Yougoslavie.

La une de ce même Politika dénonce le «drame» qui se joue à Bagdad. Les commémorations sont en effet intervenues alors que l'opinion serbe est fortement opposée à la guerre en Irak. Ce sentiment est d'ailleurs partagé par toutes les opinions publiques des Balkans, à l'unique exception des Albanais du Kosovo, qui comparent toujours Saddam Hussein à Slobodan Milosevic, et la guerre de 2003 à celle de 1999. L'éditorialiste Veton Surroi, véritable «conscience morale» du Kosovo, avait pris sa plume, il y a déjà quelques semaines, pour affirmer son soutien aux projets de guerre américains.

Lundi, Ibrahim Rugova, président d'un Kosovo toujours sous administration des Nations unies, n'a pas manqué de saluer le début des bombardements de l'Alliance atlantique, qualifiant le 24 mars 1999 de «date la plus importante de l'histoire récente du Kosovo», et évoquant les «grands progrès» effectués par le territoire en quatre années de protectorat international. A Pristina, les représentations consulaires américaines et britanniques sont cependant fermées depuis le début des opérations en Irak, alors que des grenades ont été lancées ce week-end contre deux centres de la police des Nations unies. Ces attentats ont été revendiqués par des militants islamistes, ce qui représente une première absolue au Kosovo.

A Belgrade, quelques rares militants des droits de l'homme rappellent aussi que, sans les bombardements de l'OTAN, le régime de Milosevic ne serait peut-être pas tombé. D'autres militants anti-Milosevic refusent ce parallèle, comme les Femmes en noir, qui ont été les seules à manifester dans la capitale serbe contre le début de la guerre enIrak. Pour la plupart des Belgradois, les images de Bagdad sous les bombes rappellent cependant beaucoup de mauvais souvenirs.