Dimanche encore, Miodrag va voter pour le Parti radical serbe (SRS) aux élections parlementaires et locales. Cet enseignant de Novi Beograd, la quarantaine, se défend d'être nationaliste. Il affirme même qu'en 2000, il a voté contre Milosevic et qu'il a participé aux manifestations démocratiques. «Nous croyions alors que le pays allait changer, que toutes les ressources de la Serbie allaient se développer, mais que nous a apporté la démocratie? Des élections tous les trois mois, à cause des querelles de chefs permanentes de nos politiciens. Est-ce que l'on vit mieux aujourd'hui, alors que toutes les grandes entreprises ont été fermées ou bradées à bas prix au nom de la privatisation?» Un voisin se mêle à la discussion: «La démocratie ne nous donne pas à manger.»

Corruption dénoncée

Depuis quelques années déjà, le Parti radical axe ses campagnes électorales sur la dénonciation de la corruption des partis démocratiques au pouvoir et sur les difficultés économiques. Alors que la Serbie connaît la plus forte croissance économique de la région, le salaire moyen reste fixé aux alentours de 350 euros par mois, mais les prix explosent. Les retraités, les habitants des zones rurales ou des banlieues déshéritées, les réfugiés et les déplacés forment toujours le noyau dur de l'électorat du parti. Miodrag désigne volontiers sa bête noire, Miodrag Miskovic, un des plus puissants barons de l'économie serbe. L'homme contrôle la banque Delta, mais a également acheté la chaîne de supermarchés C-Market, acquérant une position quasi hégémonique dans la distribution et le commerce. «Il fait monter les prix à sa guise, sans oublier de reverser leur part à nos politiciens corrompus.»

La plupart des analystes économiques ne sont pas loin de partager, au moins partiellement, ce point de vue: l'économie serbe est largement passée sous le contrôle de quelques «tycoons», qui ont su profiter à plein des privatisations des dernières années, grâce à leur proximité avec les cercles du pouvoir. Les radicaux n'ont pas de mal à se présenter en candidats «aux mains propres», promettant une lutte sans pitié contre la corruption, et une remise en question des privatisations frauduleuses.

Miodrag refuse de se dire «anti-européen». «La Serbie est riche, c'est un grand pays agricole, c'était aussi une puissance industrielle, même si beaucoup de choses ont été cassées depuis quinze ans. La Serbie doit avoir des relations avec tout le monde, avec l'Europe et avec la Russie, mais nous ne pouvons pas accepter que quiconque nous dicte notre politique.»

De manière surprenante, Tomislav Nikolic, le chef du Parti radical, tient un discours moins tranché que le premier ministre sortant Vojislav Kostunica sur l'Accord de stabilisation et d'association (ASA), signé le 29 avril entre la Serbie et l'Union européenne. Alors que Vojislav Kostunica parle d'une «trahison» et promet de dénoncer cet accord car il ne stipule pas explicitement l'appartenance du Kosovo à la Serbie, Tomislav Nikolic se contente d'envisager un débat parlementaire. Les radicaux, hier alliés de Milosevic, grands maîtres de la rhétorique nationaliste haineuse, auraient-ils changé?

Certains diplomates occidentaux veulent le parier, en imaginant une évolution progressive du parti, où quelques jeunes loups, comme Aleksandar Vucic, qui rêve de conquérir la mairie de Belgrade, pourraient être tentés par une ligne d'ouverture. Cependant, jusqu'à présent, le SRS reste étroitement contrôlé par Tomislav Nikolic et, depuis sa cellule de la prison internationale de Scheveningen, par Vojislav Seselj, dont le procès devant le TPI devrait s'achever dans les prochains mois. Certain de l'acquittement du «grand leader», Tomislav Nikolic a encore rappelé ces derniers jours que Vojislav Seselj devrait participer au futur gouvernement du pays...

Selon les derniers sondages, les radicaux devraient obtenir autour de 35% des voix et pourraient former le gouvernement avec les partisans de Vojislav Kostunica. A moins qu'ils ne préfèrent éviter l'épreuve de l'exercice du pouvoir. Parti protestataire, le SRS aurait bien du mal à tenir ses promesses et ses engagements, notamment à propos du Kosovo.