Dimanche, les électeurs serbes ont exprimé un choix clair en faveur d'une «Serbie européenne» - ainsi s'appelait la coalition regroupée autour du Parti démocratique (DS) du président Boris Tadic, du Mouvement serbe du renouveau (SPO) de l'écrivain Vuk Draskovic et des libéraux du G17 qui a obtenu 39% des suffrages, loin devant le Parti radical serbe (SRS, extrême droite nationaliste), qui ne recueille que 28%. Jamais le camp démocratique serbe n'avait obtenu une victoire aussi franche depuis la chute du régime de Milosevic, à l'automne 2000.

«Un pays ennuyeux»

«Nous voulons une Serbie normale, une vie normale», s'est exclamé le président Tadic devant quelques centaines de sympathisants réunis dimanche soir pour fêter la victoire. Pour Dalibor, un jeune entrepreneur d'une trentaine d'années, la «normalité» a un sens évident: pouvoir vivre de son salaire, pouvoir voyager librement à travers le monde. «Nos parents ont bien vécu, mais notre génération n'a connu que la guerre, les sanctions, nous avons grandi avec cette obsession que la Serbie était un pays particulier, un pays élu ou un pays maudit. Maintenant, nous voudrions juste devenir un pays normal, un peu ennuyeux même»...

Pour les Serbes, cette «normalisation» passe obligatoirement par l'intégration européenne, une perspective devenue bien plus concrète et tangible depuis la signature, le 29 avril dernier, d'un Accord de stabilisation et d'association entre la Serbie et l'Union européenne, première étape sur le long chemin conduisant à l'adhésion du pays. Autre geste fort: 17 pays européens ont décidé, quelques jours avant le scrutin de dimanche, d'accorder des visas gratuits à certaines catégories de voyageurs (jeunes, étudiants, hommes d'affaires, etc.). En trois jours, l'ambassade de France a délivré 64% de visas gratuits. Ces mesures, longtemps attendues, sont arrivées tard, mais elles ont incontestablement produit un effet positif sur l'issue du scrutin de dimanche.

Le Parti radical serbe avait largement axé sa campagne sur le malaise social que connaît la Serbie, mais cette thématique n'a guère fait recette. «Nous savons bien que, pour développer le pays, nous ne pouvons pas compter sur l'unique amitié russe, poursuit Dalibor. L'avenir économique de la Serbie passe aussi par l'intégration européenne.» Alors que beaucoup d'investisseurs étrangers, inquiets de l'insécurité politique du pays, y avaient ralenti leurs projets ces derniers mois, la bourse de Belgrade a salué la victoire des démocrates avec une hausse record de 13% lundi.

Des moyens diplomatiques

Les dirigeants démocrates savent bien, néanmoins, qu'un long travail les attend encore. Un des premiers dossiers pourrait être celui de la pleine coopération du pays avec la justice internationale. L'arrestation de Ratko Mladic est longtemps restée impossible en raison des protections dont jouissait le fugitif dans les services secrets et l'entourage du premier ministre démissionnaire Vojislav Kostunica. On peut supposer que si les partisans de Boris Tadic prennent le contrôle de tous les ministères «de force», les jours de liberté de l'ancien général serbe de Bosnie sont désormais comptés.

Boris Tadic a rappelé les deux objectifs essentiels que la Serbie devait, selon lui, poursuivre: l'intégration européenne et la défense de son intégrité territoriale. Le Parti démocratique exclut, en effet, toute reconnaissance de l'indépendance proclamée par le Kosovo le 17 février dernier, mais la Serbie poursuivra son combat «par des voies uniquement diplomatiques».